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L'énigme du chômage
Alors que l'INSEE a publié hier un indicateur de confiance des entreprises au plus haut depuis 2011, que Markit a dévoilé mercredi un indice PMI manufacturier de très bonne facture, et que les économistes sont par conséquent en train de revoir leurs prévisions de croissance à la hausse, les chiffres du chômage parus hier soir sont venus ternir le tableau. Pôle Emploi a ainsi dévoilé une progression du nombre de personnes de catégorie A -n'ayant pas du tout travaillé en juillet- de près de 35.000, soit une hausse de 1% sur un mois et de 0,1% sur un an. Ce qui a fait repasser à la hausse la triste barre des 3,5 millions de chômeurs. Et la tendance n'est pas meilleure toutes catégories confondues (ABC), où la progression entre juin et juillet est également de 1%, et de 3,2% sur un an.
Ces chiffres sont d'autant plus difficiles à comprendre que l'INSEE et Eurostat, se sont de leur côté félicités de la baisse du taux de chômage entre son pic de fin 2015 et la première moitié de 2017 : selon les chiffres de l'institut de la statistique en effet, le taux de chômage est ainsi passé de 10,1% au T3 2015 à 9,2% au T2 2017, tandis que selon les chiffres de l'organisme européen, le chômage est passé sur la même période de 10,5% à 9,2%. "Cet écart apparent entre les données de la Dares (ndlr. chiffres fournis par Pôle Emploi) et ceux de l'INSEE ou Eurostat s'explique par la variation dans la définition du terme de 'chômage' utilisée par les différents organismes", explique ainsi Véronique Janod, analyste chez Natixis. De quoi troubler un peu plus les esprits sur l'état réel du marché de l'emploi français, en plein débat sur la Loi travail.
Quelle que soit la définition adoptée, la tendance sur le front des créations d'emplois est bonne. Ainsi selon Emmanuel Jessua, directeur des études chez Coe-Rexecode, celles-ci se sont élevées à 164.000 dans les services marchands (hors intérim) sur un an, tandis que les pertes nettes d'emplois dans l'industrie ralentissent (-12.000 sur un an, contre -31.000 entre le T2 2015 et le T2 2016) et se sont même stabilisées au second trimestre, pour la première fois depuis 2011. La construction a également augmenté les embauches depuis deux trimestres, grâce à une reprise des chantiers, tirée par l'accélération générale de l'activité dans l'Hexagone. "En ventilant ces créations d'emplois selon les secteurs utilisateurs, on peut estimer les créations à 206.000 sur un an dans les services, 22.000 dans l'industrie et 38.000 dans la construction", explique ainsi Emmanuel Jessua.
Mais ces créations de postes ne sont visiblement pas suffisantes pour faire baisser le chômage. Du coup, la fameuse inversion de la courbe constatée les deux premiers mois de l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron, a été de courte durée. La hausse du mois de juillet peut en partie s'expliquer par le fait que depuis le 30 juin 2017, les nouveaux contrats ne peuvent plus bénéficier de la prime à l'embauche dans les PME. "Cette prime a gonflé artificiellement les embauches les quelques mois précédant la fin de la mesure, les entreprises ayant groupé leurs recrutement avant fin juin afin d'en bénéficier. C'est donc normal qu'en juillet, les emplois aient reculé et le chômage soit remonté", explique Julien Manceaux, analyste chez ING. La fin de cette mesure pourrait avoir un impact sur l'emploi de -50.000 postes, estime pour sa part Coe-Rexecode. Autre élément qui a pu entraîner la hausse du nombre de chômeurs en juillet, le retour sur le marché de personnes ayant bénéficié du Plan 500.000 formations. En 2016, les catégories D et E de chômeurs, c'est à dire bénéficiant d'une formation ont augmenté de 63 000 personnes. Depuis le début de l'année, 55 000 personnes sont sorties de cette catégorie. Une grande partie de ces 55 000 chômeurs , anciennement en formation est donc repartie dans la catégorie A, estime encore Julien Manceaux, d'ING.
A cela s'ajoute le fait que la montée en charge des effets positifs sur l'emploi, du CICE et du pacte de stabilité, devrait bientôt toucher à sa fin, ce qu'anticipent les entreprises. Enfin, les enquêtes de confiance dans les services et le retail ont montré que les perspectives étaient légèrement moins bien orientées que dans l'industrie, ce qui a sans doute également pesé sur l'emploi. La réforme du code du travail et de la formation professionnelle est donc d'autant plus urgente pour accélérer le rythme de créations d'emplois et éviter que le nombre de chômeurs français continue de faire le yoyo, au gré des fin de CDD et des fins de formations.
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