Les deux tableaux de Rémy Cointreau
Le groupe profite du poids du cognac et de l'Asie, mais sa présence dans les liqueurs et champagnes permet de lisser un éventuel tassement de ces marchés.
La monoculture n'a pas que des avantages. A voir les performances de Rémy Martin qui dopent celles de sa maison mère, on pourrait se demander si cela vaut la peine d'être présent dans les liqueurs et les champagnes, qui freinent sa croissance et sa rentabilité.
Beaucoup plus petit que Pernod Ricard ou Moët Henessy, le groupe n'a cependant pas intérêt à être trop dépendant du cognac. Certes, aujourdhui celui-ci assure 80% du résultat opérationnel pour 58% des ventes.
Les performances de Rémy Martin doivent beaucoup à l'appétit des chinois pour les alcools haut de gamme. C'est grâce à la poussée de l'Asie et des produits premium que le propriétaire du célèbre cognac Louis XIII a pu afficher, au premier semestre clos fin septembre, un chiffre d'affaires en hausse de 26,5% pour des volumes en hausse de 9%, et un bénéfice en progrès de 34% avec une marge gagnant trois points à 32%.
Mais l'Asie représente aujourd'hui 61,7% des ventes de cognac, contre 24,5% pour l'Amérique et 13,8% pour l'Europe. Tout tassement de la demande chinoise aurait donc des conséquences importantes.
Heureusement, les liqueurs, Cointreau en tête, et les champagnes Heidsieck, vendus mais toujours distribués par Rémy Cointreau, ont une géographie très différente. L'Europe représente 57% des ventes des premières et 42% des seconds, et l'Amérique respectivement 33% et 47%, de sorte que le poids de l'Asie y est de 10% seulement.
Si les performances de ces marchés sont aujourd'hui plus ternes avec une croissance des ventes de 6,5% et des profits de 10%, ils donnent davantage de solidité à Rémy Cointreau pour absorber un éventuel ralentissement du cognac et de l'Asie.
Le groupe, qui affiche une progression de 17% en bourse depuis le début de l'année, se paye 18 fois les profits attendus pour l'exercice en cours. C'est beaucoup mieux que ses gros concurrents, valorisés environ 14 fois les bénéfices prévus. Mais cette prime, qui doit beaucoup au cognac, pourrait sembler excessive si Rémy Cointreau dépendait exclusivement de ce dernier. Elle souligne parallèlement la sous-évaluation relative de groupes plus diversifiés aux solides performances comme Pernod Ricard.
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