En mai, l'investisseur fait ce qui lui plait
Ce mois-ci, la volatilité en Europe et outre-Atlantique a atteint un niveau record. La nervosité sur les marchés actions et devises fait ressurgir les fantômes de l'après-Lehman.
Si l'on savait déjà qu'il ne fait pas bon être cardiaque dans les salles de marchés, les dernières semaines en ont apporté la preuve prégnante. Selon Thomson Reuters, les volumes d'échanges européens ont dépassé les 1 000 milliards de dollars ce mois-ci, soit le plus haut niveau depuis l'après-Lehman - en septembre et octobre 2008, en pleine crise de confiance, les volumes avaient atteint 1 250 milliards de dollars.
Après 18 mois relativement atones sur les marchés, cette soudaine flambée a plusieurs raisons. Au plan macro tout d'abord, les suites de la crise de la dette souveraine européenne ont bien sûr alimenté les mouvements, avec la multiplication de plans de rigueur parfois jugés peu crédibles et surtout l'interdiction des ventes à découvert par l'Alemagne, qui ont rendu perplexe la communauté des investisseurs et provoqué leur fuite.
De l'autre côté de l'Atlantique, le krach "flash" du 6 mai dernier aux Etats-Unis, où le Dow Jones a perdu presque 1 000 points en seulement 20 minutes avant de rebondir fortement, a aussi contribué à pulvériser des records de volume. L'indice VIX, qui mesure la volatilité du S&P500, a ainsi atteint un plus haut de 10 mois, à 45%, le 20 mai dernier. Par comparaison, l'Europe a même été encore plus nerveuse, le VStoxx qui mesure les variations de l'EuroStoxx atteignant 49% le 7 mai dernier.
Ces tensions se sont évidemment reflétées sur le marché monétaire, l'euro ayant été la proie de la peur panique des investisseurs. Après avoir été fortement attaqué lors de la fièvre grecque - il a dégringolé de 1,33 dollar au 30 avril à moins de 1,22 dollar avant-hier -, l'euro a vaguement repris quelques couleurs après que la Chine a confirmé vouloir maintenir ses positions en euros.
Le problème le plus criant dans ces péripéties revient au déficit de confiance dans le système. Perdus dans leurs repères, les investisseurs ne se fient plus aux arbitrages de long terme et se comportent en girouettes, au gré des annonces choc. Il faut dire qu'en moins de deux ans, il a fallu renoncer à beaucoup de certitudes: qu'une immense banque d'affaires ne pourrait jamais faire faillite, qu'un Etat était à l'abri de la banqueroute quel que soit le niveau de sa dette, et que la zone euro n'était peut être pas la meilleure des solutions.
Ces soubresauts font en tout cas la joie des fonds alternatifs, qui cherchent eux à faire des "coups". Mais pour les banques, le jeu est trop risqué, surtout maintenant qu'elles doivent réduire leur trading pour compte propre. Alléger leurs exposition aux marchés et assainir leurs bilans pour redorer leurs blason auprès des investisseurs, c'est un des rares comportements rationnels du moment.
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17/09/2021 - 10:31

