Le phénix de la chimie
Après avoir redressé Rhodia de manière spectaculaire, Jean-Pierre Clamadieu en fait un géant européen en le mariant à Solvay.
Voilà une OPA que personne n'a vu venir. Une OPA qui ressemble bien davantage à une fusion entre égaux qu'à une opération financière. Une OPA surtout, qui constitue une formidable récompense pour tous les actionnaires de Rhodia, ceux des jours les plus sombres - et il y en a eu - comme ceux qui ont accompagné fidèlement le redressement opéré de main de maître par Jean-Pierre Clamadieu.
Solvay, qui est un groupe à peine plus grand et plus rentable que Rhodia, mais qui a le gros d'avantage de disposer à la fois d'un actionnariat familial et d'une trésorerie de 5 milliards d'euros, a donc eu la bonne idée de s'intéresser au chimiste français, plutôt que de se distribuer un dividende exceptionnel ou de procéder à d'énormes rachats d'actions.
A l'arrivée, cela va donner un leader européen de la chimie de spécialités qui va peser 12 milliards d'euros de chiffre d'affaires, qui affichera un résultat opérationnel de 1,9 milliard d'euros et qui sera bien armé pour la croissance grâce à une activité réalisée à hauteur de 40 % dans les pays émergents et grâce à un budget de recherche et développement représentant 250 millions d'euros.
Le deuxième atout de ce rapprochement, c'est de mettre ensemble deux entités qui disposent de positions exceptionnelles sur certains produits incontournables, notamment les polymères, les silices, l'eau oxygénée, bref tout ce qui est issu de la "vieille économie" et qui participe actuellement aux révolutions technologiques. Par exemple, le nouveau groupe sera l'un des mieux placés pour mettre en oeuvre une pile à combustible d'une nouvelle génération.
Enfin, le troisième point à retenir de cette opération concerne directement la bonne fortune réservée aux actionnaires de Rhodia. Cette "defeasance" de Rhône-Poulenc, qui a donné lieu à un vrai problème de "mismanagement" avec l'ancienne direction, et qui est passée tout près de la ligne jaune, se trouve valorisée 3,4 milliards d'euros à l'occasion de cette OPA. C'est quinze fois plus que ce qu'était la valeur de Rhodia au moment où Jean-Pierre Clamadieu l'a reprise en mains. Cette opération prouve donc, s'il en était encore besoin, que la "vieille économie", dont plus personne ne voulait il y a dix ans, est plus rentable qu'elle n'a jamais été, que le travail de repositionnement stratégique finit par payer, et que l'innovation et l'ouverture aux pays émergents constituent des portes de sortie exemplaires.
Ce n'est donc pas une surprise si les actionnaires de Solvay ont demandé à Jean-Pierre Clamadieu de rejoindre le conseil du nouveau groupe ainsi que son comité exécutif, et de se préparer à prendre la succession de Christian Jourquin, l'actuel patron du groupe belge. C'est là autant un gage de réussite pour le succès du nouvel ensemble qu'une récompense pour le redressement de Rhodia.
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17/09/2021 - 10:31

