GDF Suez et le renard dans le poulailler
La Belgique voudrait taxer GDF Suez d'un milliard d'euros sur la rente nucléaire. Le groupe menace de se retirer. Mais cela relève davantage du bluff que du possible !
Comme le montrait il y a quelques jours une passionnante étude publiée par les équipes de recherche de Cheuvreux intitulée "le renard dans le poulailler", les sociétés européennes présentes dans les domaines des télécoms, des utilities ou des concessions vont avoir à subir, dans les années à venir, une avalanche de taxes destinées à participer à l'effort collectif de redressement des finances publiques. En bref, pour pallier aux carences d'Etats-providence en déroute, nous voilà entrés dans l'ère de l'entreprise-providence.
GDF Suez commence à en faire l'amère expérience en Belgique où ses sept réacteurs nucléaires, qui lui permettent d'être le premier électricien du pays, font l'objet depuis deux ans d'une taxe spécifique de 250 millions d'euros. Mais les politiques belges, alertés par la menace d'une possible dégradation de leur note souveraine, tentent actuellement de racler les fonds de tiroir. Et il se dit à Bruxelles que cette taxe pourrait voir son montant quadrupler, pour atteindre 1 milliard d'euros.
Naturellement, cela a entraîné des cris d'orfraie de la part des dirigeants de GDF Suez, qui s'insurgent contre cette tentative de racket et menacent même de se retirer de Belgique si on leur inflige un tel châtiment. Une menace difficile à prendre au sérieux, dans la mesure où GDF Suez est, avec Electrabel, le premier électricien du pays. Le groupe y détient les deux tiers de la puissance électrique installée. Surtout, il distribue cette énergie à 3,3 millions de clients, dont 1,8 sont aussi des acheteurs de gaz naturel. De fait, Electrabel participe à hauteur de 15 milliards d'euros au chiffre d'affaires du groupe, et lui apporte le cinquième de son bénéfice. De surcroît, en dehors de l'Etat français, le premier actionnaire de GDF Suez est belge, puisqu'il s'agit d'Albert Frère, qui était l'ancien actionnaire d'Electrabel.
Autant dire que pour Gérard Mestrallet, la porte des discusions est plus qu'étroite avec le gouvernement belge. Primo : il ne peut ignorer qu'il sera de plus en plus taxé, comme le seront les opérateurs de télécoms, les opérateurs de concessions et autres activités à fort cash flow. Secundo : il ne peut pas se retirer de Belgique, après s'en être servi comme marche-pied pour sa stratégie de développement international. Tertio : il existe une solution de marchandage, qui passe par une hausse des prix de l'électricité, dont les retombées financières seraient équivalentes pour le Trésor belge, via la TVA. Reste à savoir si le niveau actuel des prix de l'énergie en Belgique laisse place à une relative élasticité des tarifs.
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