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Investissements étrangers en France : la position schizophrène de l'Etat

Le nouveau décret "Montebourg" rend plus facile toute intervention de l'Etat en cas d'achats étrangers sur l'un de nos fleurons. Pour autant, la manne publique semble aujourd'hui beaucoup plus ouverte aux opérations transfrontalières dès lors qu'elle est associée en amont au projet.
Bercy - Ministère des Finances
Bercy - Ministère des Finances

A l'heure où les opérations de marché trouvent un certain succès en France, à commencer par les placements accélérés pour céder des blocs de titres ou les IPO (comme en témoigne le récent succès de Spie et actuellement d'Europcar), les investisseurs étrangers sont-ils vraiment à l'aise pour investir dans notre place financière ? La France n'est pas vraiment réputée pour être très laxiste dès lors qu'un acteur international s'intéresse de près à l'un de nos fleurons. On l'a vu dans le dossier Alstom/General Electric. Le ministre des finances de l'époque, Arnaud Montebourg en a même profité pour instaurer un nouveau décret alourdissant le processus d'autorisation de l'Etat en cas "d'investissement" dans une entreprise hexagonale.

Il a effectivement ajouté 6 nouveaux secteurs dits sensibles à ceux déjà identifiés dans le précédent décret de 2005 qui avait fait suite à la tentative de prise de contrôle de Danone par Pepsico Ces secteurs sont suffisamment larges pour englober bon nombres d'entreprises : l'énergie, l'eau, les transports, les communications électroniques, la santé publique et cerise sur le gâteau : "tout secteur d'importance vitale".... La notion d'investissement est, elle aussi, très vaste puisqu'elle englobe aussi bien la prise de contrôle que l'acquisition de tout ou partie d'une branche d'activité ou l'achat de la minorité de blocage d'une société non cotée.

Un arsenal réglementaire qui pourrait effrayer. Pour autant, Isabelle MacElhone, associée du cabinet Reed Smith tempère. D'abord, elle fait remarquer que la France n'est pas le seul pays à protéger ses intérêts nationaux. Tous les autres pays européens, les Etats-Unis ou la Chine, ont des moyens très structurés pour repousser des initiatives non bienvenues. Elle ajoute que ces protections n'ont pas empêché la réalisation de plusieurs opérations d'envergure comme celle de Nokia sur Alcatel Lucent. "Il n’y a pas de droit de veto arbitraire. Le protectionnisme primaire n’a pas cours. Les autorités publiques, dès lors qu'elles sont associées au processus en amont, sont beaucoup plus ouvertes à autoriser des opérations transfrontalières. Cela va dans le sens de l'histoire. Et pour les entreprises soucieuses de conserver leur indépendance, la loi Florange et les droits de vote double leur permettent de s'en assurer", précise l'avocate.

Danone est-il donc tranquille pour autant ? Les temps changent, et il est certain qu'il devra moins compter sur la haute protection de l'Etat pour conserver son indépendance, même si son secteur pourrait être jugé "d'importance vitale". Franck Riboud en a bien conscience qui vient de remodeler la gouvernance en vue de relancer la dynamique du groupe et retrouver des couleurs au niveau de ses marges et de son cours de Bourse. La meilleure des défenses pour contrer une attaque en bonne et due forme. Il n’est d’ailleurs pas anodin de remarquer que l’évolution de la gouvernance du groupe agroalimentaire est intervenue quelques heures à peine après la nomination d’Emmanuel Macron à Bercy, lequel avait été le banquier de Nestlé dans sa vie précédente.

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