Obamacare, le déclic de la concentration dans l’assurance américaine
Alors que la grande majorité des américains sont partis en WE prolongé pour la fête nationale du 4 juillet, le troisième assureur américain Aetna a créé la surprise en annonçant la plus grosse opération de l’histoire dans le secteur de l’assurance. Il propose de racheter son compatriote Humana Group, numéro quatre du secteur, pour une valorisation de 37 milliards de dollars. L’opération valorise la cible à 230 dollars par action, en cash et en titres Aetna, soit une prime de 23% sur le dernier cours de Bourse. Cela ne représente pourtant qu’un multiple de 10 fois son Ebitda, alors que les deals dans le secteur se bouclent sur un multiple moyen de 11,3 fois l’Ebitda. Humana Group, qui affiche 3,2 millions de membres Medicare Advantage, représente un vivier important de nouveaux assurés, qui atteignent 65 ans et entrent automatiquement dans ce nouveau régime d’assurance-maladie privé.
Les transactions se multiplient, alors que la Cour Suprême vient tout récemment de valider la loi Affordable Act, dite aussi Obamacare, la grande réussite politique de l’actuel président. Cette grande réforme de l’assurance-maladie a créé des millions de nouveaux bénéficiaires qu’il faut désormais assurer. Cela incite les compagnies d’assurance à gagner en taille critique, s’allier pour multiplier le nombre d’affiliés et bénéficier de leurs cotisations. De fait, à peine une semaine après la décision de la juridiction appelée King vs Burwell, les annonces ont fusé.
Mardi, le courtier irlandais Willis, qui a mis la main sur Gras Savoye pour 510 millions d’euros en avril dernier, a annoncé une fusion avec le groupe américain de conseil en risque et santé Tower Watson pour un montant de 18 milliards de dollars, au terme duquel il détiendra 50,1% de la nouvelle entité. Une manière de peser davantage face aux grands mastodontes de la réassurance, qui affrontent eux-mêmes des taux d’intérêt au plus bas, donc des difficultés à faire fructifier leurs primes. Cerise sur le gateau, l'opération offre bien sûr la possibilité de déménager le siège du groupe en Irlande et de bénéficier de son régime fiscal.
Hier, c’est Centene qui a annoncé le rachat de Heatlh Net pour 6,3 milliards de dollars, afin de constituer le plus gros administrateur privé de Medicaid, le deuxième système instauré par l’Obamacare destiné à fournir une assurance-maladie aux plus démunis.
Sans aucun doute, ce n’est que le début d’une nouvelle vague de consolidation dans l’assurance en général, à l’image de ce que connaît la santé depuis plusieurs années. Les mutations structurelles à l’œuvre dans l'assurance aux Etats-Unis vont rebattre les cartes, et chacun doit dès à présent œuvrer pour rester dans le paysage américain, mais aussi mondial. Le suisse ACE et son concurrent américain Chubb l’ont bien compris, qui ont eux aussi annoncé leur fusion cette semaine pour 18 milliards de dollars, afin de former un poids lourd de l’assurance de biens et de responsabilité auprès des particuliers et des entreprises. Etant donné que le secteur devrait tirer les chiffres des M&A mondiales cette année, les banques d’affaires bien positionnées sur ces grandes manœuvres seront les mieux placées des league tables 2015.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

