La recette miracle de Shinzo Abe
La politique du Premier ministre permet une reprise de l'économie nippone, après vingt ans de déflation. Le marché actions, trop longtemps délaissé des brokers, recèle de nombreuses opportunités.
Le pays du Soleil Levant pourrait être la nouvelle coqueluche des investisseurs. Car le Japon est en train de sortir de la déflation, et il serait dommage de ne pas profiter des opportunités d'investissement que le pays apportera. Depuis juin dernier déjà, le pays a montré les signes d'une reprise qui devrait aller crescendo depuis l'arrivée du réformateur Shinzo Abe au poste de Premier ministre. Plusieurs facteurs témoignent de ce redémarrage selon les membres de Pictet : "le crédit privé est reparti depuis mi 2011 déjà", explique Frédéric Rollin, Senior Investment Advisor chez Pictet Asset Management. "C'est un signe fort de sortie de déflation qui préjuge très favorablement de la bonne tenue de la demande domestique ." Le moral des particuliers est d'ailleurs en forte amélioration : le Japan Economy Watchers Survey, qui réunit les opinions des petits entrepreneurs japonais, n'a jamais été aussi élevé depuis 2000.
Autre indice du redémarrage japonais, selon Pictet, les fusions-acquisitions ont repris. Le pays a même obtenu la deuxième place au rang des opérations M&A en 2012 : elles ont représenté 100 milliards de dollars l'an dernier, contre 5 milliards il y a encore dix ans. Ces signes d'amélioration devraient être soutenus par la nouvelle politique menée par Shinzo Abe, saluée par la plupart des institutions internationales.
Ainsi, selon les dernières prévisions du FMI en avril, la croissance devrait atteindre 1,6% cette année et 1,4% en 2014. Sachant que le Japon est l'un des seuls Etats dont l'institution ait révisé à la hausse ses chiffres de croissance en avril, dans un contexte de ralentissement généralisé. "Après des années de déflation et de croissance faible ou nulle, le nouveau gouvernement a annoncé une nouvelle politique basée sur un assouplissement monétaire offensif, un objectif d'inflation supérieur à zéro, un soutien budgétaire et des réformes structurelles", avait alors applaudi le FMI, dont le Japon est le deuxième contributeur financier. De même, un rapport de l'OCDE soulignait en avril la détermination d'Abe à redynamiser l'économie grâce à une triple démarche "associant politique monétaire audacieuse, politique budgétaire souple et stratégie de croissance encourageante". Un succès qui s'est déjà traduit dans les chiffres, puisque la croissance du pays s'est accélérée à 0,9% au premier trimestre 2013, contre 0,3% au Q4 2012
Un contexte politique et économique qui pourrait soutenir l'expansion des entreprises nipponnes, qui ont profité des dernières années de crise pour renforcer leur productivité, face à une demande domestique faible, la hausse du yen et la compétition féroce de leurs voisins asiatiques. Les sociétés nipponnes sont désormais bien plus profitables et le rendement annuel de leurs flux de trésorerie disponibles est de l'ordre de 7% rapportée à la capitalisation de marché. Les cash flows des sociétés du pays n'ont cessé de croître et représentaient 6% en 2012 contre zéro dans les années 1990. Le marché actions japonais a donc tous les atouts pour devenir un foyer d'investissement attractif, après avoir été très longtemps délaissé par les brokers : sur les 1672 valeurs qui composent l'indice de Tokyo Topix, les deux tiers sont suivies par deux analystes de grandes banques d'investissement et 527 ne sont pas suivies.
Il reste que malgré ce contexte de bon augure pour les sociétés japonaises, les risques d'échec de la politique Abe ne sont pas nuls. La dette du pays est encore très élevée -200% du PIB- et la tendance sera difficile à inverser après des années de détérioration des finances publiques. La maîtrise des dépenses sera essentielle et en particulier les dépenses sociales, dans un pays vieillissant. Le gouvernement de Shinzo Abe devra redoubler de ténacité pour mener à bien les réformes structurelles annoncées.
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