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Brexit : les paiements s'étaleront jusque 2064

L'organisme indépendant britannique ORB, chargé d'évaluer la politique budgétaire et fiscale du gouvernement, a publié hier un document sur le coût du Brexit. Selon ses estimations, les engagements financiers du pays atteindront 41,8 milliards d'euros. 
Philip Hammond
Philip Hammond

Le sujet brûlant de la facture du Brexit a largement retardé la première phase des négociations entre l'UE et le Royaume-Uni, alors que le gouvernement britannique refusait de se prononcer sur un montant clair et net, à la fois par peur de ne pas pouvoir revenir en arrière et de froisser les plus europhobes des conservateurs et électeurs. L'UE s'en est sortie par une pirouette en publiant dans le compromis de décembre le mode de calcul de l'addition, mais sans en donner le chiffre final. A ce titre, le document publié hier par le Bureau de la responsabilité budgétaire (OBR) en annexe de ses prévisions de croissance de printemps, constitue une belle avancée. Car pour la première fois un montant a été donné, chiffres détaillés à l'appui, dans un document précis publié sur le site du bureau de la responsabilité budgétaire. Certes, l'ORB ne fait pas partie du gouvernement puisqu'il représente un organisme indépendant créé en 2010 afin de fournir des analyses fournies sur le budget et la politique fiscale de Downing Street. Mais ses avis et publications sont très suivis et pris en compte par le gouvernement, qui ne devrait donc pas manquer d'étudier le document sur le Brexit d'hier.

"Les effets du Brexit sur les finances publiques de la Grande-Bretagne seront majoritairement liés à l'impact indirect des changements de régulation commerciaux et des autres modifications de politiques et de régimes", avertit l'organisme en guise d'introduction, précisant qu'il est extrêmement difficile de donner une estimation précise de cet impact indirect. Lundi, une étude publiée par le cabinet de consultants Oliver Wyman et le cabinet d'avocats Clifford Chance a de son côté estimé que la Grande-Bretagne ferait face à des coûts annuels de 65 milliards d'euros si aucun accord de libre échange n'était trouvé pour l'après Brexit. L'ORB a de son côté préféré se concentrer sur les montants dont la Grande-Bretagne devra s'acquitter en tant qu'ex-membre de l'UE, en s'appuyant sur le texte de l'accord publié fin décembre par l'UE et la Grande-Bretagne.

Si le Trésor britannique a estimé (sans donner le détail) que le montant de la facture atteindrait entre 40 et 45 milliards d'euros, soit entre 35 et 39 milliards de livres (en prenant en compte un taux de change de 1,13 euro), l'ORB a de son côté abouti au chiffre de 41,4 milliards d'euros. 18,5 milliards devront être réglés entre 2019 et 2020 puisque le pays s'est engagé à contribuer au budget européen jusqu'à la fin de la période de transition, 20,2 milliards entre 2021 et 2028 en raison d'engagements exceptionnels et 2,7 milliards d'euros entre 2019 et 2064 au titre de la participation du pays au paiement des retraites des fonctionnaires.

Selon le document, le coût des retraites atteindra en réalité 9,5 milliard d'euros, auxquels l'ORB a soustrait tous les versements que le pays recevra de Bruxelles à la suite de son départ de l'UE, dont sa participation à la Banque Européenne d'Investissement (3,5 milliards), au Fonds européen stratégique d'investissement (1 milliard), au fonds de garantie pour les actions extérieures (300 millions), aux instruments financiers financés par le budget de l'UE (700 millions) et à la BCE (100 millions).

75% de la facture devra être soldé d'ici 2022 selon les estimations de l'ORB, qui conclut qu'il serait faux de penser que la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE permettra au pays de disposer de davantage de cash tous les ans, grâce à la fin de sa contribution aux différents fonds et organismes de l'UE. "Le gouvernement s'est engagé à continuer à soutenir certaines activités précises comme s'il était encore membre de l'UE, une fois sorti, afin de pouvoir continuer de bénéficier de certains régimes particuliers liés à l'UE", rappelle l'ORB, qui dit avoir demandé à Downing Street quels étaient ces domaines précis. Le gouvernement a répondu et désigné notamment la politique européenne de soutien à l'agriculture, les différentes agences européennes scientifiques ainsi que le domaine de l'éducation. "L'impact du Brexit sur nos finances publiques est complexe et incertain et dépendra in fine de l'issue des négociations et de la façon dont notre sortie affectera notre relation avec l'UE et le reste du monde", avertissent les auteurs de l'étude en conclusion.

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