Fiasco à l'italienne
La victoire du parti de Berlusconi au Sénat et la percée fulgurante de Beppe Grillo soulignent le rejet par les citoyens italiens de l'austérité de Mario Monti. De nouvelles élections sont plus que probables.
L'expression italienne "fare fiasco", littéralement "échouer" ne pourrait mieux décrire la défaite de Mario Monti aux élections législatives hier. Après maints rebondissements et prévisions de résultats contradictoires lundi après-midi, entraînant de véritables montagnes russes sur les marchés européens, le ministère de l'Intérieur a finalement dévoilé hier soir le pire des scénarios : un Parlement divisé avec une chambre basse majoritairement à gauche et un Sénat où la droite de Berlusconi est arrivée en tête.
D'après les derniers comptages, la coalition de centre droit du Cavaliere devrait obtenir 116 sièges au Sénat, contre 113 pour la gauche de Bersani, 54 pour le mouvement des Cinq Etoiles de Beppe Grillo et seulement ... 18 pour Mario Monti! Aucun sondage n'avait anticipé une telle défaite pour l'ancien président du conseil, ni une telle percée du trublion anticonformiste Grillo. "La majorité des analystes pensait que Bersani formerait une coalition stable avec Monti, condition sine qua non pour que le gouvernement puisse agir", explique Vincenzo Scarpetta, chercheur auprès du think tank Open Europe. Le système bicaméral italien induit que les deux chambres disposent des mêmes prérogatives ; ce qui signifie qu'une coalition doit disposer de la majorité dans chacune d'elle pour faire adopter ses réformes.
Les italiens ont donc désavoué la politique de rigueur menée par Mario Monti depuis un an, qui a pourtant permis de transformer le pays en profondeur : ce dernier a instauré une "stratégie de croissance compétitive (...) via une amélioration visible des performances à l'exportation", explique Alain Fabre, membre de l'Institut de l'Entreprise et auteur d'un rapport sur l'Italie de Monti. Le pays a dégagé un excédent primaire de 2,6% en 2012 et a tenu son objectif de déficit, soit 2,9% du PIB l'année dernière. Notamment grâce à la mise en place d'une revue générale des dépenses publiques, qui lui a permis de dégager 4,2 milliards d'euros d'économies immédiates. Le "Professore" a également mené une importante réforme des retraites (allongement de l'âge de départ et désindexation des pensions les plus élevées), du marché du travail (mise en place d'une allocation chômage unique et dégressive) et des simplifications administratives pour les entreprises. Des mesures bien accueillies par les marchés, mais visiblement beaucoup moins par le peuple italien.
Les résultats électoraux d'hier soir laissent peu d'espoir quant à la formation d'un gouvernement d'union nationale. Même si Berlusconi a annoncé ce matin qu'il serait prêt à un accord avec le centre gauche, mais pas avec le parti centriste de Mario Monti. Sans coalition, il reviendra au Président de la République italien Giorgo Napolitano de décider de l'installation d'un gouvernement d'intérim avant la tenue de nouvelles élections. Mais les observateurs sont sceptiques : "une dissolution du Parlement est peu probable dans les derniers mois du mandat du Président (...), qui se termine en mai prochain", explique Bruno Cavalier d'Oddo. "Il faudrait donc procéder à l'élection d'un nouveau Président, qui serait ensuite chargé de dissoudre les assemblées" !
Selon Vincenzo Scarpetta, en cas de dissolution, il faudra surtout modifier la loi électorale d'ici la tenue d'un nouveau vote. Car le scénario d'hier risque sinon de se reproduire. "Le résultat des élections tient certes à la montée des partis anti austérité mais résulte aussi d'un système électoral désuet", explique le chercheur.
Il faudra dans tous les cas trouver une solution politique d'urgence. L'Italie est le plus gros emprunteur de la zone euro cette année. Son ratio d'endettement est le plus élevé derrière la Grèce, à 128,1% pour 2013. En cas de flambée des taux, le pays sera définitivement coupé des marchés. Ce matin, le rendement des obligations grimpait en flèche, à 4,8% contre 4,2% hier. De quoi mettre la pression sur les partis italiens pour trouver un compromis ou hâter la tenue d'élections.
© Copyright WanSquare
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article
À lire aussi

