Des volailles en cure de redressement productif
Les candidats ont jusqu'à ce soir pour formuler une offre globale sur le producteur de volailles en redressement judiciaire. Mais la centralisation du dossier par Bercy montre que les dés sont déjà pipés.
Cela fait à peine un mois que le groupe Doux, encore détenu à 80% par la famille fondatrice, a été placé en redressement judiciaire, et déjà les pouvoirs publics s'agitent pour vendre tout de suite et à tout prix un groupe dont la période d'observation dure au moins six mois, et qui aurait pu envisager un plan de continuation.
Dès le départ, le gouvernement avait été pris de court dans ce dossier car, alors que Jean-Marc Ayrault assurait dans les médias que les banques étaient autour de la table (en réalité, seul Barclays dispose d'une créance de 130 millions d'euros), le P-dg Charles Doux allait signifier au tribunal la cessation des paiements, entraînant la mise en redressement judiciaire du groupe. La situation était certes tendue pour la société, mais les choses sont peu à peu rentrées dans l'ordre: le mandataire social est parvenu à faire payer les salaires début juin, le factoring réalisé par Natixis s'est finalement mis en place et la vente d'une usine a permis de faire entrer 19 millions d'euros nets dans les caisses de la société.
Las, les pouvoirs publics, qui ont fait de ce dossier un enjeu de campagne juste avant la tenue des législatives, insistent désormais pour que le groupe soit vendu, intégralement, à un acteur français. Plus choquant encore, l'administrateur judiciaire aurait pour mission de transférer directement les offres reçues à Bercy, afin que le ministère valide ou non les projets. Au mépris du rôle attribué légalement au Tribunal de Commerce.
Si la date butoir du 5 juillet a été fixée pour la remise des offres au Tribunal de Commerce de Quimper, les dés semblent donc déjà pipés. Selon des sources proches du dossier, un consortium emmené par Sofiprotéol, l'acteur financier et industriel de la filière française des huiles et protéines végétales, lui-même dirigé par le président de la FNSEA (principal syndicat agricole français), Xavier Beulin, devrait remettre une offre qui sera acceptée par les pouvoirs publics. Plusieurs candidats annexes, dont un qui avait proposé la reprise de l'usine de Chateaulin, auraient été incités à rejoindre cette offre globale. Le FSI pourrait aussi participer afin de valider la stratégie protectionniste de ce schéma de reprise.
Enfin, des rumeurs rapportent que les actionnaires du concurrent Duc, détenu par la holding cotée Verneuil Participations par ailleurs propriétaire d'Eaux et Electricité de Madagascar, seraient en train de manoeuvrer pour s'intégrer dans cette opération, et en profiter pour céder cet industriel qui connaît lui aussi des difficultés.
En tout état de cause, un tel scénario confirmerait que le gouvernement a totalement pris en main ce dossier et confisqué les pouvoirs judiciaires. En l'espace d'un mois, on imagine mal comment le Tribunal aurait pu avoir le temps d'étudier en priorité la possibilité pour la société de générer un résultat bénéficiaire, qui lui permette à terme d'apurer son passif via un plan de continuation. La cession de la division produits frais par exemple, plus à la traîne, aurait pu apporter un bol d'air à un groupe qui génère 850 millions d'euros de revenus annuels, il s'agit une mesure usuelle de restructuration et non de "dépeçage". Maintenant que le tout en un est acté, reste à voir si cette cession précipitée permettra vraiment le Redressement Productif du groupe, et ses 3500 emplois à la clé...
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17/09/2021 - 10:31

