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Ubisoft, Mediaset : Vivendi à un tournant de son destin

Le groupe de contenus a publié un résultat net annuel en baisse de 35% en raison de la cession de GVT. L’exercice a été marqué par les déboires de Canal Plus, mais compensés par le rebond d’Universal. Vincent Bolloré manie en expert le bras de fer en cours avec Mediaset.
Vivendi
Vivendi

Chez Vivendi comme dans l’histoire de nombreux conglomérats, l’année 2016 semble avoir été une année de transition. Celle où le groupe a vu son résultat net impacté par ses changements de périmètre, mais où il a en réalité travaillé à la restructuration de ses deux principaux actifs – Canal Plus et Universal – et a surtout lancé d’importantes stratégies pour l’avenir du groupe. Il s’agit de l’OPA réussie sur sa filiale Gameloft, de la bataille boursière en cours avec Ubisoft ou encore de l’accord avorté avec le groupe italien Mediaset, qui a donné lieu à un bras de fer judiciaire.

En attendant le dénouement de ces dossiers, Vivendi a bouclé une année 2016 en demi-teinte. Le chiffre d’affaires a été quasiment stable, en hausse de 0,5% à 10,82 milliards de dollars, mais le reste du compte de résultat est à la peine, surtout le résultat net part du groupe, en baisse de 35% à 1,25 milliard d’euros. Il s’agit en réalité de l’effet de la déconsolidation de GVT, cédé en mai 2015, car le résultat net des activités poursuivies affiche quant à lui une hausse de 8,4%. L’exercice a été marqué par deux tendances inverses au sein du groupe : d’un côté, Canal Plus qui continue à perdre des abonnés et doit payer le prix d’une restructuration en profondeur de son offre, engagée l’an passé. La chaîne cryptée a fait le choix d’une gamme de prix plus abordable, accompagnée d’une offre premium qui doit inciter les abonnés à monter en gamme, et a conclu des partenariats avec Orange et Free. En attendant, son chiffre d’affaires a cette année reculé de 4,2% à 5,25 milliards d’euros, et le résultat opérationnel courant a quant à lui plongé de 44,2% à 303 millions de dollars.

Du côté de la musique, Universal Music Group monte légèrement en gamme (+4,4% à 5,26 milliards d’euros) grâce à la dynamique des abonnements et du streaming (+58%), tandis que le téléchargement bat de l’aile (-29%). Si le résultat opérationnel courant affiche une hausse prometteuse de 10,8%, Vivendi anticipe que le redressement complet de la filiale aura lieu en 2017. La maison-mère a d’ailleurs annoncé des perspectives meilleures pour cette année : une hausse de 5% de son chiffre d’affaires et de 25% de son Ebita, notamment grâce au fruit de son repositionnement chez Canal Plus.

En attendant, le groupe de Vincent Bolloré a bichonné ses actionnaires l’an passé : il leur a versé 4,2 milliards d’euros, dont 2,6 milliards de distribution de dividende et 1,6 milliard de rachats d’actions. Couplé à ses raids boursiers sur Gameloft, Ubisoft et Mediaset, cette politique a fait tomber le niveau de trésorerie à 1,1 milliard d’euros fin décembre 2016, contre 6,4 milliards un an plus tôt.

Mais grâce à des marchés très liquides et à un profil d’endettement très conservateur (la dette financière n’atteint que 3 milliards d’euros à fin décembre), Vivendi a les moyens de ses ambitions sur tous les fronts cette année. Concernant Ubisoft, dont le groupe détient désormais plus de 25%, le bas de fer avec la famille Guillemot est loin d’être terminé, mais la maison-mère a les reins solides et peut attendre son heure. Mediaset est bien sûr un dossier d’une autre ampleur, et la situation est très conflictuelle, depuis que le français a remis en cause le deal annoncé en avril dernier et que l’italien a réagi en l’attaquant en Bourse.

Magnanime, le management, qui a reconnu des négociations « intenses » avec le groupe de Silvio Berlusconi lors de la conférence téléphonique, a sous-entendu récemment qu’il serait prêt à reprendre les discussions si Mediaset abandonnait ses poursuites, ou payer l’amende de 1,5 milliard d’euros qu’il réclame pour rupture de leur accord. De son côté, son adversaire est en train de revoir ses options dans la télévision payante (Mediaset Premium, l’objet du litige), et serait également en train de discuter avec Sky sur le sujet. Cette solution alternative lui permettrait de ne pas donner suite à sa plainte contre Vivendi, qui doit faire l’objet d’une audience fin mars et représente aujourd’hui son seul moyen de pression.

Vincent Bolloré a quant à lui tout le temps devant lui, d’autant qu’il en a profité pour racheter des titres et monter à près de 30% du capital, juste sous le seuil de déclenchement d’une OPA. L’homme d’affaires breton peut donc attendre patiemment son heure, alors que Mediaset s’emploie à contrer l’essoufflement de sa filiale payante. Il pourrait aussi se pencher sur des dossiers alternatifs, comme une alliance entre Orange et Canal Plus, mais aussi avec Havas, un vieux serpent de mer mais qui pourrait prendre du temps à se concrétiser. De telles rumeurs pourraient enfin ranimer le cours de Bourse, qui baisse de 6% depuis le début de l’année à près de 17 euros. C’est en tout cas l’opinion de Goldman Sachs, qui voit le titre grimper à plus de 22 euros dans les 12 mois.

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