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Elections US: les républicains tentent de faire front face à la menace Trump
D’un seul coup, les grands pontes du parti républicain n’ont plus le cœur à rire. Donald Trump, qui a longtemps suscité les sourires narquois lors de ses sorties racistes ou misogynes, est pour l’instant – et de loin- le favori pour remporter l’investiture républicaine aux élections présidentielles. Cela a incité Mitt Romney, le dernier candidat républicain malheureux à l’élection de 2012, à faire une déclaration visant à faire barrage au milliardaire américain. Le traitant de « fraude » et d’ « imposteur », le fondateur de Bain Capital a jugé qu’il prenait les américains pour des « pigeons » et qu’il n’avait « ni le tempérament ni le jugement pour être président des Etats-Unis ». Un avis ensuite relayé par le Sénateur McCain, candidat désigné en 2008, qui le considère comme ignorant en politique étrangère et dangereux sur la sécurité nationale.
Dans les faits, Donald Trump a réussi à se mettre à dos une partie importante de l’électorat républicain : les chrétiens pratiquants, qui jugent que ses attaques sont une atteinte à leur foi, les centristes qui critique sa manière de diviser, et les experts en sécurité nationale, qui n’ont pas digéré ses propos favorables à Poutine et estiment qu’il ne devrait pas détenir l’arme nucléaire. Les choses sont même allées plus loin : les sénateurs de l’Alaska et du Massachussets ont indiqué qu’ils ne voteraient pas pour lui s’il gagnait les primaires et l’éditeur du média conservateur Weekly Standard a suggéré un ticket indépendant républicain à titre exceptionnel, pour renverser Donald Trump. Le dilemme est particulièrement cornélien pour les conservateurs religieux, qui rejettent la rhétorique de l’homme d’affaires mais ne se résoudront pas à voter pour Hillary Clinton, qui supporte le droit à l’avortement.
Enfin, Donald Trump effraie même un camp auquel il semblerait appartenir, même s’il a subi nombre de faillites dans les affaires : Wall Street. Ses propos isolationnistes, en particulier de guerre commerciale avec la Chine et le Mexique, sa volonté d’augmenter les impôts pour les plus riches, d’attaquer la finance spéculative, d’encadrer la banque centrale sont autant de raisons de craindre son arrivée à la Maison Blanche, d’autant qu’il provoquerait probablement un blocage avec le Congrès. S’il a longtemps collaboré avec Wall Street pour asseoir son empire immobilier, l’homme est particulièrement imprévisible, et c’est cette incertitude que les marchés redoutent le plus.
D’un côté, il n’a pas de mots assez durs pour les entreprises qui délocalisent leurs productions comme Ford et a même appelé à boycotter les produits Apple en raison de ses démêlés avec le FBI dans l’affaire San Bernardino. Et a attaqué de front les niches fiscales dont bénéficient les fonds. De l’autre, il propose de réduire drastiquement les impôts des sociétés et aimerait proposer à l’activiste Carl Icahn d’être son secrétaire d’Etat au Trésor.
En attendant qu’un front anti-Trump bien tardif se mette en place, ce dernier continue à gagner des voix : samedi dernier, il a emporté deux primaires dans le Kansas et le Maine, tandis que Ted Cruz s’est adjugé le Kentucky et la Louisiane, apparaissant comme la seule alternative à ce jour au grand dam de la majorité républicaine. Le temps est compté si les ténors du parti veulent espérer proposer un candidat tiers qui ait le temps d’être connu et adoubé. D’ici là, les marchés américains pourraient être de plus en plus réactifs aux provocations d’un candidat de plus en plus crédible. "La Bourse pourrait vaciller cet été s'il apparaît que Trump a des chances de l'emporter en novembre. En attendant, si ses succès lors des primaires se poursuivent, la volatilité va s'accroître", a déclaré à l’AFP David Lafferty stratégiste chez Natixis Global AM.
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