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Le coup de poker de la Banque d'Angleterre

Malgré une révision à la hausse des perspectives de croissance de l’économie britannique et de l’inflation, la banque centrale britannique a choisi de garder inchangés ses taux directeurs jusqu’à mi-mars. Elle minimise le risque inflationniste pour soutenir la livre sterling dans la perspective du Brexit.
Mark Carney
Mark Carney

A l'unanimité, la Banque d'Angleterre a pris aujourd'hui trois décisions. D’abord le maintien de son taux directeur à +0,25%. Celui aussi du programme de rachats d’obligations d’entreprises pour 10 milliards de livres sterling. Enfin, celui du stock de rachats d’obligations du gouvernement britannique à 435 milliards de livres sterlings. “La décision de la BOE de maintenir inchangée sa politique monétaire est compréhensible, déclare Daniel Morris, stratégiste pour BNP Paribas Investment Partners à WanSquare. Bien que les pressions inflationnistes aient augmenté, ceci est d’après nous un phénomène passager attribuable à la chute de la livre sterling et l'augmentation des prix du pétrole.” Michael Metcalfe, responsable monde de la stratégie macroéconomique chez State Street GM, complète : “La politique monétaire de la Banque d’Angleterre reste résolument neutre. Cependant, les révisions successives à la hausse des prévisions de croissance indiquent que l’activité économique s’avère beaucoup plus robuste que prévue”.

En effet, la BOE a révisé singulièrement ses prévisions pour 2017. Si en novembre dernier elle tablait sur +1,4% de croissance, à présent elle estime que les activités économiques pourraient être de +2% d'ici au 31 décembre prochain. Dans son communiqué, le comité de politique monétaire reconnaît que la perspective du Brexit n’a pas eu d’effet sur la consommation des Britanniques : “La demande intérieure a été plus forte que prévu au cours des derniers mois et les signes du ralentissement des dépenses de consommation que le Comité avait anticipé à la suite du référendum ont été relativement peu nombreux.” Pour autant, la Banque d’Angleterre se veut prudente. D’ailleurs, elle prévoit toujours un léger tassement de la croissance en 2018 et 2019 à, respectivement, +1,7% et +1,9%. “La poursuite de la modération de la croissance des salaires et la hausse des prix à l'importation après la dépréciation de la livre sterling vont probablement entraîner une croissance sensiblement plus faible des revenus réels des ménages au cours des prochaines années, écrivent les dirigeants de la BOE. Par conséquent, les dépenses de consommation réelles devraient ralentir.”

En décembre, l’inflation en Grande-Bretagne s’affichait à déjà +1,6%. Et la BOE prévoit qu’elle atteigne +2,8% d’ici à la fin du mois de mars, dépassant son objectif à long terme de 2%. Dans sa communication, elle indique pourtant ne pas craindre ce bond estimant que la hausse des prix va “retomber progressivement à +2,4% sous trois ans”. Une position partagée par BNP Paribas : “l'impact négatif de l'inflation sur la demande des consommateurs et les effets néfastes du Brexit sur l’économie, nous indiquent que le risque d’une remontée importante de l’inflation est peu probable.” “La possibilité d’une hausse des taux d'intérêt en 2017 pourrait apporter un certain soutien à la livre sterling, dont la faiblesse a été l’un des principaux moteurs de cette hausse de l’inflation”, poursuit Michael Metcalfe. Ce n’est pas l’option de SaxoBank : “Bien-sûr, si le mouvement de hausse des prix perdure, la banque d'Angleterre sera rapidement confrontée à une situation délicate : augmenter les taux afin de contenir l’inflation ou assouplir davantage sa politique monétaire afin de soutenir la croissance qui sera, tôt ou tard, impactée par le Brexit. Il est fort probable qu’elle choisisse cette dernière option.” Rendez-vous le 16 mars où le Comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre aura une nouvelle occasion de maintenir ou faire évoluer sa position.

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