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L’Amafi interpelle les futurs candidats à la présidentielle
Comme toutes les associations professionnelles, l’Amafi (association française des marchés financiers) monte au créneau pour faire de Paris une place financière incontournable dans le cadre du Brexit. Plus exactement, l’association vient d'émettre plusieurs préconisations susceptibles de donner à Paris le lustre qu'elle mérite, face à ses concurrents souvent cités comme Francfort ou Dublin. Car « nous avons des avantages indéniables mais les contraintes réglementaires sont trop fortes. Nous avons donc plus à faire que les autres places », assure Pierre de Lauzun, délégué général de l’Amafi. C’est pourquoi, l’association a adressé il y a quelques jours une lettre ouverte aux différents candidats à la présidentielle et par conséquent aux différentes primaires, qui détaille « 16 propositions pour tirer parti de la nouvelle donne européenne ». Le constat de départ est clair. «L’avantage si on peut dire du Brexit est que cela redéfinie la donne, mais pour renforcer la place de Paris, il faut des mesures structurelles et non pas des petites mesures », souligne encore Pierre de Lauzun.
La première recommandation de l’Amafi porte sur le rôle que la France doit avoir au niveau européen dans les négociations avec la Grande-Bretagne. Pour cela, il faut mener une analyse approfondie sur les conditions de la négociation en ce qui concerne la finance de marché. « Même si l’agenda des négociations est encore flou, nous pouvons nous préparer, afin d’avoir une position claire sur la finance et ce que nous souhaitons, d’abord avec les 27 pays de l’UE, puis avec la Grande-Bretagne », souligne Stéphane Giordano, président de l’Amafi. L’enjeu est qu’une fois sorti de l’UE, le système d’équivalence entre les textes européens et britanniques fonctionne. « Mais pour que cela ne nous soit pas défavorable, il faut que nous puissions encadrer ces équivalences. Autrement dit, prévoir des systèmes temporaires et révisés régulièrement dans leur application et leur supervision », explique encore Stéphane Giordano, prenant l’exemple du passeport financier. Ce dernier ne serait pas définitif comme c’est le cas actuellement mais plutôt donné temporairement outre-Manche avec un élargissement ou un rétrécissement de sa portée au fur et à mesure du temps.
L’Amafi propose ensuite plusieurs mesures permettant de rendre aux actions leur place dans le financement de l’économie. « L’investissement en actions est mal reconnu en France, alors que cela permet aux entreprises de rester en France mais aussi de financer l’avenir grâce à l'émergence d'entreprises nouvelles. L’épargne et la fiscalité ne financent pas l’économie », martèle Pierre de Lauzun. L’Amafi propose donc plusieurs pistes de réflexion concernant la fiscalité sur les actions comme un prélèvement forfaitaire libératoire de 27% sur les dividendes et les plus-values sur valeurs mobilières, ou encore la création de nouveaux produits d’investissement de long terme, comme un plan d’épargne retraite populaire en actions (PERPA), dont les sommes seraient bloquées pour au moins 15 ans ou d’un plan d’épargne pour l’Investissement (PEI) investi en actions avec les même caractéristiques que celle de l’assurance vie et permettant de palier les défauts de Solvabilité 2.
Mais le Brexit ce n’est pas uniquement permettre à la France de s’affirmer dans les négociations européennes, c’est aussi une opportunité pour faire évoluer à plus long terme certains verrous réglementaires qui handicapent l’attractivité de la place de Paris. Et la première chose, selon l’Amafi est de profiter du Brexit pour affirmer notre Place comme un lieu permettant de centraliser les activités européennes, notamment grâce à un discours politique plus ambitieux. Pour cela, le désengagement du projet européen de la taxe sur les valeurs financières est essentiel, selon l’Amafi, les Pays-Bas notamment étant en embuscade car non engagés dans ce projet. Par ailleurs, l’association recommande d’abandonner la taxe sur les salaires, en vigueur depuis 1948. « Cela est totalement dissuasif pour les nouvelles embauches dans le secteur financier », explique Stéphane Giordano. « A minima, faudrait-il exonérer de cette taxe les nouvelles embauches, tant des impatriés que des locaux », continue-t-il. Autre avancée demandée par l’Amafi, créer un régime particulier, moins protecteur que celui existant dans le droit du travail, pour les salariés à fort salaires, voir sortir ces salariés du droit du travail à partir d’un certain seuil. « Un salarié ayant une rémunération importante a une position forte dans l’entreprise et il ramène de l’argent, directement à l’entreprise. Il est en quelque sorte un indépendant, il faudrait donc qu’il ne soit pas soumis aux mêmes règles qu’un salarié normal », explique Pierre de Lauzun. C’est le cas par exemple d’une entreprise qui a versé un bonus à l’un de ses employés sur un projet futur qui au final ne se fait pas ; le bonus étant considéré comme un salaire, il ne peut donc être récupéré par l’employeur. Enfin, l’Amafi propose d’intégrer le bon financement de l’économie par les marchés dans les missions de l’AMF.
Pour Stéphane Giordano, « il faudrait déjà que des annonces soient faites. Cela montrerait la dynamique prise par la France». Mais l’effet d’annonce suffira-t-il pour attirer les futurs exilés de Londres ?
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