Macro-économie / Taux / Banque-assurance / Macro-économie
Macro-économie / Taux
Banque-assurance / Macro-économie
Taux bas et Brexit, principaux risques pour le système financier français
Quels sont les principales sources de vulnérabilité des institutions financières de l'Hexagone, auxquelles ces dernières devront être particulièrement attentives dans les prochains mois ? Telle est la question à laquelle la Banque de France a répondu hier dans son rapport sur les risques du système financier français, une analyse qu'elle publie deux fois par an dans le cadre de sa mission de stabilité financière, et menée par ses équipes et celles de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. La prochaine étude devrait être publiée en décembre prochain et permettra de faire de nouveau le point sur les facteurs de vigilance pour les banques et assurances du pays.
Sans surprise vu le contexte actuel, la BdF cite les risques relatifs aux conséquences du vote sur le Brexit comme facteur de vulnérabilité le plus important pour les banques dans les prochains mois, au même niveau que le risque de ralentissement dans les pays émergents. Ainsi, l'amélioration de la conjoncture en France et en Europe est menacée à très court terme par l'issue du référendum de jeudi, souligne l'étude. L'incertitude qu'une telle possibilité pourrait entraîner -puisque le Royaume-Uni devra négocier pendant deux ans au moins les nouvelles conditions de ses relations avec l'UE-, la dépréciation de l'euro, la baisse des cours boursiers, la hausse des coûts financiers et le choc négatif de demande en provenance de la Grande-Bretagne sont autant de canaux de transmission qui pourraient affecter l'économie européenne et français en cas de sortie, estime la Banque de France.
Les banques de l'Hexagone pourraient quant à elles, être affectées par le biais des infrastructures de marchés situées sur le territoire britannique et auxquelles elles ont accès : ainsi, en avril dernier, les plateformes situées au Royaume-Uni concentraient 43% des échanges sur l'indice euro Stoxx 50, devant Euronext et Xetra, expliquent les experts. Sachant que la prédominance des infrastructures de Londres dans le domaine des produits de taux est encore plus marquée (LCH Clearnet dispose d'une part de marché de 95% dans le clearing de swaps de taux). Ensuite les institutions financières françaises pourraient être pénalisées par un Brexit via certaines activités spécialisées (project finance, shiping finance et activités de marché) qu'elles exercent à l'échelle mondiale via leur filiale londonienne. Enfin, le troisième canal est celui de l'exposition des banques françaises à des contreparties britanniques: selon les calculs de la BdF, fin 2015, elles affichaient une exposition de 228 milliards de dollars à des contreparties résidentes britanniques, soit 10% des expositions des banques étrangères à des contreparties au Royaume-Uni. Mais au-delà des canaux de transmission macroéconomiques directs, et des éventuels effets de débordement financiers, la Banque de France souligne "les coûts politiques d'une remise en cause du processus d'intégration politique en Europe ainsi que les éventuels effets domino sur les préférences d'intégration et de gouvernance d'autres Etats membres ou régions européennes" même s'ils restent difficiles à identifier.
Le contexte de taux très bas représente également un risque non négligeable pour les banques françaises, poursuit la BdF, puisque celles-ci sont très dépendantes de leurs revenus d'intérêt liés à leur activité de crédit. La faiblesse des taux les conduit à réallouer leurs portefeuilles vers des actifs à rendement plus élevé mais aussi plus risqués, dans des proportions certes assez faibles pour le moment, mais qui pourrait les pousser à augmenter leur prise de risque dans l'octroi de crédit dans les prochains mois. Par ailleurs, les vagues de renégociations et de rachats de crédits immobiliers au cours des dernières années signifient que les portefeuilles bancaires sont principalement constitués de prêts à taux fixes proches des plus bas historiques, ce qui pèsera sur les marges des banques en cas de remontée des taux. La faiblesse des taux d'intérêt fait également peser un risque de soutenabilité sur le modèle d'activité des assurances, souligne encore l'étude. Et si certains ont déjà fait évoluer le leur en privilégiant la vente de contrats en unités de compte transférant les risques vers l'assuré, d'autres ont augmenté la part de leurs investissements en obligations d'entreprises non financières, ou la durée de leurs actifs de 1%, afin de trouver davantage de rendement.
La faiblesse des taux enfin, a affecté les organismes de placements collectifs, tandis que les gestionnaires d'actifs ont tenté d'augmenter leurs rendements en intensifiant leurs placements vers des titres plus longs et émis par des non résidents de la zone euro, à profil de risque plus élevé. "Malgré ces réallocations de portefeuilles, la performance globale moyenne des fonds non monétaires a baissé en rythme annuel et est même devenue négative au début de l'année" explique la BdF. La durée de vie moyenne des titres de créance des OPC non monétaires ayant continué d'augmenter, ces derniers seront particulièrement affectés en cas de remontée de taux, avertit la banque des banques.
Parmi les autres risques cités par la BdF pour les banques et assurances françaises dans les prochains mois figurent également la montée de l'endettement des sociétés non financières (depuis 2008 et surtout depuis 2011 les titres de créance en valeur nominale ont doublé leur part dans l’endettement des SNF, de 12% au troisième trimestre 2008 à 23% au premier trimestre 2015) et la surévaluation de l'immobilier commercial. Le risque réglementaire est également cité parmi les points de vigilance de la BdF, mais figure cependant en dernier lieu dans sa liste, l'institution soulignant que la viabilité des modèles d'activité des principales banques françaises n'est pas menacé à court terme. Sachant que la majeure partie des adaptations liées aux exigences introduites par les réformes de Bales 3 ont déjà été réalisées par les banques, même si certaines mesures sont encore en discussion, conclut la Banque de France.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

