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Brexit : la chute de la livre, une aubaine pour les investisseurs étrangers

La forte baisse de la livre depuis le référendum, rend les actifs du pays très attractifs pour les investisseurs étrangers, comme le souligne l'acquisition d'ARM par le japonais Softbank. Celle-ci pourrait être le début d'une vague de rachats, alors que les hedge parient sur une poursuite de la chute de la devise.  
Livres - pounds - illustration
Livres - pounds - illustration

Le rachat de la pépite britannique ARM, numéro un dans la conception des puces, par le japonais Softbank, a fait couler beaucoup d'encre dans la presse financière outre-Manche. La plupart des analystes britanniques considèrent effectivement cette acquisition, la plus grosse opération jamais réalisée par une firme asiatique au Royaume-Uni, comme la conséquence évidente du Brexit et de l'effondrement de la livre. Ainsi, selon Neil Wilson, analyste chez ETX Capital et cité par CityAM, "le deal est la conséquence de la sortie du pays de l'UE et la chute catastrophique de la livre, ce qui devrait faire de la plupart des entreprises de notre pays des cibles idéales pour les investisseurs étrangers".

Il faut dire que la devise du pays, qui se traitait aujourd'hui à 1,31 contre le dollar, a perdu plus de 12% contre le billet vert depuis le 23 juin, et plus de 9% contre l'euro, contre lequel elle s'échange actuellement à 1,1919, contre 1,314 à la veille du vote sur l'UE. Certes, la livre s'est légèrement reprise depuis l'arrivée à Downing Street de Theresa May (elle avait atteint un plus bas de 1,29 contre le dollar et 1,16 contre l'euro le 7 juillet), considérée par les marchés comme la seule personnalité politique capable de ramener un peu d'ordre dans le pays et de mener à bien les négociations avec Bruxelles. Mais la plupart des gérants de hedge estiment que la devise anglaise devrait malgré tout continuer de baisser : les paris pour une poursuite de la chute de la livre ont ainsi progressé de plus de 50% sur les deux premières semaines de juillet, et représenté quelque 73 000 contrats, contre 33 000 contrats seulement pariant pour une hausse de la devise britannique, selon les chiffres du US Commodity Futures Trading Commission. 

La chute de la livre pourrait notamment s'accentuer si le gouverneur Mark Carney décidait de baisser les taux directeurs lors de la prochaine réunion du mois d'août, et sous l'effet du ralentissement économique causé par le Brexit. Selon une étude publiée aujourd'hui par le cabinet PwC, la croissance britannique devrait tout juste atteindre 1,6% cette année, contre une estimation pré Brexit de 2,2%, et serait située entre 1,5% et -1% l'an prochain. Selon John Hawksworth, la chute du PIB du pays sera cependant moins brutale qu'en 2008, où la récession avait résulté d'une crise systémique beaucoup plus grave, concernant l'ensemble du système financier. Il reste que le consensus des analystes prévoit un ralentissement de l'économie outre-Manche ces deux prochaines années, qui devrait donc peser sur la devise de l'Ile. 

Ce que les investisseurs ont clairement compris : depuis le vote du 23 juin, pas moins de trois importantes acquisitions de sociétés britanniques ont été réalisées, les groupes étrangers profitant d'un effet change très favorable. Le 12 juillet, la chaîne de cinémas américaine AMC, détenue par le conglomérat chinois Dallian Wanda, rachetait la chaîne britannique Odeon détenue par l'entreprise de private equity Terra Firma, pour 921 millions de livres. Le président d'AMC Adam Aron a d'ailleurs admis que la faiblesse de la livre avait naturellement constitué une bonne fenêtre de tir pour le groupe chinois, décrivant le deal comme une opportunité très rare pour acquérir une chaine de cinéma européenne. Le lendemain, le 13 juillet, le groupe sud africain Steinhoff rachetait la chaîne de supermarchés discount britannique Poundland pour 597 millions de livres. Une offre bien en-deçà du prix d'émission en mars 2014, qui valorisait alors l'entreprise 750 millions de livres. Le board, inquiet de la concurrence de son principal rival 99p et des prévisions de récession post-Brexit a donc préféré céder la chaîne rapidement plutôt que d'espérer que le cours retrouve son niveau d'IPO. La livre s'est dépréciée de 15% contre le rand sud africain, offrant ainsi au groupe détenu par le milliardaire Christo Wiese une belle ristourne. 

Si le premier ministre Theresa May a tenté de défendre la vente d'ARM ce matin, soulignant qu'elle était la preuve que le pays "trois semaines après le référendum, n'avait rien perdu de son attrait auprès des investisseurs internationaux", de nombreux observateurs s'inquiètent de voir des fleurons britanniques être bradés auprès de grands groupes étrangers. "Nous devons nous attendre à un flot d'autres deals du type d'ARM (...) Une quantité d'autres entreprises anglaises pourraient devenir étrangères bientôt", explique ainsi Neil Wilson de ETX Capital. D'autant que le gouvernement a peu de moyens d'action pour éviter de tels rachats. Si Theresa May a promis qu'elle s'opposerait aux M&A qui ne seraient pas dans l'intérêt national, l'Entreprise Act de 2002, qui permet au gouvernement d'intervenir lors d'un rachat, concerne uniquement les entreprises britanniques liées à la défense et la sécurité, ou si le deal menace la "stabilité du système financier britannique". Ce qui laisse donc assez peu de marge de manoeuvre aux autorités britanniques pour empêcher un deal...

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