Entreprises / Actions / Actualité des sociétés
Entreprises / Actions
Actualité des sociétés
Safran/Zodiac : première contestation du projet de rapprochement
On s'en doutait un peu, c'est finalement le fonds activiste TCI qui tire le premier : le britannique vient d'écrire à Ross McInnes, président du conseil d'administration de Safran ainsi qu'à Gérard Rameix, numéro un de l'AMF afin de contester l'opération de rapprochement avec Zodiac. Fort d'une participation de 4% dans Safran, TCI explique par le menu pourquoi l'acquisition de Zodiac est une mauvaise chose, à quel point elle est surpayée compte tenu des perspectives du groupe dirigé actuellement par Olivier Zarrouati et pourquoi la transaction est injuste vis-à-vis des actionnaires minoritaires de Zodiac. Il demande donc instamment à la direction de Safran de soumettre au vote de ses actionnaires ce projet avant de le mettre en œuvre, menaçant de le bloquer si tel n'était pas le cas.
TCI s'illustre donc, une fois de plus, par ses propos tranchés et péremptoires. Ce n'est pas une première en France, ce fonds s'étant déjà illustré par le passé en intimant Safran de ne procéder à aucune acquisition ou Airbus de vendre ses titres Dassault Aviation (ce qu'il a d'ailleurs fini par faire). Dans le cas présent, il s'alarme surtout du prix proposé par Safran pour reprendre Zodiac, la société ne valant pas plus de 20 euros par action, à ses yeux, alors qu'il est proposé 29,47 euros. Quant à l'inégalité de traitement entre les minoritaires de Zodiac, contraints d'accepter une offre en cash et les actionnaires familiaux à qui il est proposé une offre en actions de manière à leur éviter de payer trop d'impôts, l'argument a sûrement de quoi questionner bon nombre d'investisseurs mais aussi de juristes, cette situation étant pour le moins inhabituelle.
Sauf à susciter le mécontentement d'autres actionnaires et s'associer avec d'autres investisseurs décidés à se regrouper pour faire entendre leur voix, l'initiative de TCI a, pour l'heure peu de chance de renverser la vapeur. A moins que l'AMF ne trouve effectivement à redire sur le montage juridique savamment élaboré. Il n'a pourtant échappé à personne que ce deal, minutieusement concocté pour satisfaire presque toutes les parties, revêt d'importants enjeux. Zodiac, après 10 profit warning était effectivement dans une position délicate et devait impérativement trouver un appui financier ou stratégique pour pouvoir faire le gros dos en attendant que les mesures prises pour redresser la barre commencent à porter leurs fruits. Il n'était, dès lors, pas question de laisser sur le bord de la route un tel acteur employant 35.000 personnes dans le monde. D'où la volonté de mettre sur pied un montage susceptible de contenter les actionnaires minoritaires de Zodiac (d'où le prix élevé), ses actionnaires familiaux (d'où cette porte de sortie en actions), mais aussi l'Etat (d'où le plafonnement de la participation de la famille à 10% dans Safran). Au risque de provoquer l'ire de certains activistes, comme c'est le cas aujourd'hui.
Si certains des arguments énoncés par TCI dans sa lettre à Ross McInnes peuvent paraître convaincants, le fonds se décrédibilise en revanche en proposant comme solution alternative un rachat d'actions en vue de satisfaire les actionnaires de Safran. Soit un choix court-termiste que nombre d'entreprises rechignent à faire sauf en cas de panne d'idées d'investissements.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

