Chine : "la nouvelle normalité"
Hasard de calendrier, les chiffres du PIB chinois pour le quatrième trimestre sont sortis le même jour que l'actualisation des prévisions économiques du FMI pour 2015. Ainsi, alors que les autorités ont affiché une croissance de 7,4% sur un an, soit de 1,5% d’un trimestre sur l’autre, l’institution internationale a annoncé de son côté que le PIB du pays progresserait de 6,8% cette année. Une révision à la baisse de 0,3% par rapport à ses dernières anticipations d’octobre. Les économistes soulignent que la croissance est désormais passée sous la barre des 7%, en raison du ralentissement des investissements.
La progression du PIB au quatrième trimestre corrobore ces chiffres puisque c’est la deuxième plus faible hausse sur trois mois depuis que ces données sont collectées, en 2010. Dans le détail, la consommation privée a progressé de 8,9% entre septembre et décembre, tandis que la demande finale a contribué à hauteur de 51,2% à la croissance du PIB. La production industrielle a elle progressé de 7,9% tandis que les investissements urbains ont continué de baisser lors du dernier trimestre, et sont le principal facteur du ralentissement chinois.
Le président du pays Xi Jinping décrit la situation comme la « nouvelle normalité », à savoir un « ralentissement de la croissance par rapport à la précédente phase d’expansion très rapide, désormais guidée par l’innovation et non plus par l’investissement ». Selon Bei Xu, analyste chez Natixis, la croissance à deux chiffres est terminée en raison de la transition structurelle du pays. "Les données de ce matin le confirment avec une accélération de la demande domestique et un ralentissement des investissements dans les infrastructures".
Selon l’analyste, si la transition structurelle devrait permettre d’acheminer le pays vers un modèle plus sain, elle n’est pas sans risque. Car les anciens moteurs de la croissance étaient généreusement financés par le crédit offert par le système bancaire officiel ou fantôme. Le risque de crédit a donc fortement augmenté selon Bei Xu et met en danger l’équilibre financier du pays. Si celui-ci était réellement menacé cependant, des mesures seraient annoncées par les autorités pour les contrer et le maintenir sous contrôle. Les autorités chinoises devraient également soutenir les secteurs stratégiques en difficulté, afin d’éviter un emballement du risque financier » poursuit Bei Xu.
Si Natixis estime que le PIB devrait tout de même croître de 7% cette année, malgré cette "nouvelle normalité", les prévisions sont plus basses encore pour l’année suivante. Ainsi, le FMI qui prévoit donc 6,8% pour cette année, anticipe une poursuite du ralentissement l’an prochain, à 6,3% tandis que Barclays anticipe de son côté 6,6% de croissance pour 2016. « Nous prévoyons un ralentissement progressif avec des risques baissiers issus du marché immobilier », explique Philippe Gudin, chef économiste chez Barclays. Selon le FMI, « les autorités devraient s’attacher à réduire les vulnérabilités sur le marché du crédit ». Mais ce ralentissement chinois aura nécessairement un impact baissier le reste de l’Asie, conclut l'institution.
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