A quoi ressemblera la banque de demain?
Selon un scénario fiction de Natixis, la régulation stricte des activités de dépôt va rendre les banques moins compétitives, ce qui conduira à l'émergence de trois grands intermédiaires financiers.
Ce ne sera pas une conséquence directe de la régulation mais la nouvelle donne prudentielle va pousser l'industrie financière à se restructurer, ce qui va impacter les modes d'épargne et de financement. Selon un scénario fiction de Natixis, trois grands types d'intermédiaires financiers devraient émerger de ce bouleversement : les banques régulés qui collectent les dépôts, les brokers et les investisseurs institutionnels.
L'auteur de l'étude, Patrick Artus, part du principe que l'évolution réglementaire se fonde sur la volonté des gouvernements de protéger les déposants (ménages, voire PME) et d'éviter de dépenser l'argent public pour sauver les banques. Pour ce faire, les gendarmes ont mis en place des ratios de fonds propres et de liquidité plus stricts qu'auparavant. Les Etats se sont également entendus pour instaurer une procédure dite de "bail-in" afin de mettre à contribution le secteur privé avant que la sphère publique n'entre en jeu, que ce soit en cas de redressement ou de liquidation d'une banque, ce qui va entraîner une hausse des primes de risque. "La conséquence est que les banques qui collectent des dépôts vont avoir des coûts de financement et de fonctionnement bien plus élevés que dans le passé."
Trois types d'intermédiaires devraient donc émerger. Il y aura d'un côté les banques qui collectent les dépôts et qui seront fortement régulées. Ces établissements financeront les agents économiques qui n'ont pas accès au marché, c'est-à-dire les ménages et les petites entreprises. Leurs activités de prêts devront être plus surveillées afin d'éviter de se retrouver dans les situations qu'ont connues l'Espagne, la Grèce, l'Irlande ou les Pays-Bas.
Les entreprises de taille intermédiaire et les grandes entreprises pourront quant à elles compter sur des brokers qui feront le lien avec les investisseurs institutionnels. Ce qui leur permettra de se financer en actifs de marché (obligations, actions) et en crédits (ABS). Une évolution qui implique également un fort niveau de désintermédiation, qui les rendra plus dépendantes aux flux du marché. Les brokers interviendront également sur le marché des dérivés ou sur celui des produits structurés. "Les banques régulées sont trop chères, ne sont pas compétitives pour être ces brokers qui seront des institutions plus légères, ayant peu de fonds propres", explique Patrick Artus.
Dernière catégorie : les investisseurs. Ces derniers pourront être des institutionnels (fonds de pension, assureurs) ou des hedge funds. Ils achèteront directement aux brokers les actifs financiers. Conclusion : "les investisseurs de base (ménages) sont protégés quand ils placent leur épargne en dépôts dans les banques régulées", mais peuvent réaliser "des pertes quand ils la placent auprès des institutionnels qui n'ont pas du tout la même sécurité".
Par conséquent, la taille des dépôts des ménages va être supérieure au volume des crédits octroyés aux ménages. Ce qui implique une modification de la structure des placements financiers. Soit une partie des dépôts pourrait être transformée en actifs risqués, "ce qui inclura dans le futur l'assurance-vie, puisque les assureurs devront financer les entreprises". Soit les banques seront poussées à utiliser une partie de ces dépôts pour financer les Etats, en admettant que la dette souveraine continue d'être considérée comme un actif sans risque. Reste à savoir si la fiction deviendra réalité...
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17/09/2021 - 10:31

