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L'Institut de l'entreprise prodigue quelques conseils au gouvernement

Le think-tank présidé par Michel Pébereau a analysé les politiques d’assainissement budgétaire de l’Espagne, du Royaume-Uni, de l’Italie et de l’Irlande. De quoi donner des pistes de réflexion au gouvernement français pour redresser ses comptes publics.
Michel Pébereau - BNP Paribas
Michel Pébereau - BNP Paribas

Alors que François Hollande prépare déjà sa campagne pour 2017, les experts de l’Institut de l’entreprise ont cherché à comprendre comment la France pourrait mieux faire, à la lumière des programmes économiques mis en œuvre depuis quelques années chez quatre de ses voisins. Ainsi, le think-tank s’est-il intéressé au cas de l’Espagne, l’Italie, la Grande-Bretagne et l’Irlande, qui ont tous mis en place des programmes d’assainissement budgétaire et de redressement, plutôt efficaces jusqu’à présent. Certes, sur le terrain de l’emploi, la situation reste contrastée et l’Espagne possède encore un chômage à 23,1%, soit 14 points au-dessus de son niveau du premier trimestre 2008. Mais le pays figurait tout de même l’an dernier à la seconde place du classement des pays créateurs d’emplois en Europe (derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni) quand la France détruit encore des postes.

Point commun entre les quatre pays étudiés: la fiscalité n’a été mobilisée qu’à la marge et représente ainsi moins d’un tiers de l’ajustement irlandais et moins d’un cinquième de l’ajustement britannique. Dans tous les Etats, la TVA a été augmentée mais l’impôt sur le revenu et sur les sociétés abaissé, constatent les chercheurs. L’essentiel de l’effort dans ces pays a donc porté sur la baisse des dépenses publiques, qui ont donc diminué entre 2009 et 2014 de -8,6% pour l’Irlande, de -2,2% pour l’Espagne, de -5,5% pour le Royaume-Uni et de -0,1% pour l’Italie. Pendant ce temps celles de la France ont continué de progresser de 0,7% ! Dans les quatre pays, les mesures combinent à la fois diminution de la masse salariale (réduction des effectifs, non remplacement des départs en retraite, licenciements), gel des rémunérations ou encore réforme de l’appareil administratif. Les quatre Etats ont également tous procédé à une réduction des finances locales et enfin une réduction des dépenses sociales.

Ces mesures ont été accompagnées dans le même temps de réformes structurelles, telles que celle des retraites, du marché du travail avec le Job Act italien, de l’accompagnement des chômeurs, avec une réduction des indemnisations. Enfin l’Espagne et l’Italie ont réformé leurs secteurs réglementés. L’analyse comparée des politiques de rigueur menées dans ces Etats souligne également que leurs gouvernements ont appuyé leurs décisions sur des revues générales de dépenses, afin de distinguer celles qui devaient à tout prix être réduites et celles au contraires capitales pour le pays. La France au contraire a pratiqué la technique du coup de rabot, déplorent les experts. « L’expérience montre qu’un exercice de consolidation budgétaire est d’autant plus durable qu’il repose sur des choix stratégiques assumés » expliquent les chercheurs.

Enfin, les Etats décrits ont mieux réussi que la France à instaurer leurs mesures, grâce à d’importants efforts de communication et de transparence réalisés en amont, selon l’Institut de l’entreprise. Ainsi Mario Monti a-t-il dès son élection annoncé que les Italiens seraient confrontés à « des sacrifices ou de l’insolvabilité », quand en Espagne, Rajoy a lui aussi insisté sur les "efforts" que son peuple devrait fournir. Le premier ministre britannique est quant à lui parvenu à inscrire l’ensemble de ses réformes dans un projet politique convaincant (Big Society) et en montrant l’exemple puisque Cameron a acté une baisse de 5% des revenus des ministres dès son arrivée au pouvoir.

La France n’a clairement pas suivi ce chemin depuis 2010 selon l’Institut, puisqu’elle a favorisé le levier de la fiscalité et enrobé la réalité économique, au lieu de parler de la nécessité de la rigueur. Elle devra donc à l’instar de ses voisins engager de véritables réformes structurelles (fluidité du marché du travail) baisser ses dépenses publiques, redéfinir le rôle de l’Etat et le périmètre de ses missions. Et, dernier clin d’œil adressé aux candidats aux élections françaises à venir, les experts terminent en disant que les résultats du vote de mai dernier en Grande-Bretagne soulignent qu’il est « possible d’être élu sur un programme d’austérité ».

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