Automobile : PSA à l'heure des choix, Renault le brésilien
Le marché automobile français est au plus bas depuis 15 ans. L'italien Fiat s'offre 100% de Chrysler : les constructeurs français doivent aujourd'hui faire des choix stratégiques cruciaux. Carlos Tavarès et Carlos Ghosn sont à la manoeuvre.
Ce premier jour de cotation du nouveau millésime 2014 est assurément dominé par le secteur automobile. Les statistiques des immatriculations françaises l'an passé sont déjà venues confirmer à quel point le marché hexagonal est poussif et devrait le rester à court et moyen terme. Il s'est inscrit en recul de 5,7%, soit son plus bas niveau depuis 15 ans. Dans ce contexte, les performances des constructeurs français sont à l'image de leur santé financière : si Renault réussit à grappiller 0,8% (grâce surtout à sa marque Dacia), Peugeot perd 7,7%.
Résultats on ne peut plus symptomatiques des deux stratégies menées à ce jour par les deux entreprises françaises, l'une ayant déjà amorcé son virage à l'international quand l'autre a surtout privilégié ses sites nationaux. Or, il ne fait aucun doute aujourd'hui que l'avenir de ces mastodontes passe avant tout par la réussite de leurs partenariats avec des homologues nord américains et asiatiques et leur capacité à produire hors de nos frontières. C'est ce qu'a bien compris l'italien Fiat qui vient de casser sa tirelire pour acquérir la totalité du capital de l'américain Chrysler. Une magnifique opération enfin susceptible de relancer un groupe à bout de souffle depuis de très nombreuses années et qui a parfaitement compris que le salut passait par le marché américain. Il pourra, déjà, intégrer 100% des résultats de Chrysler qui a dégagé 2,5 milliards d'euros en 2013 quant l'italien en a perdu 1 milliard sur la même période.
2014 sera à cet égard cruciale pour Peugeot qui se bat actuellement pour sa survie. Le nouvel homme fort du groupe, Carlos Tavarès arrive aujourd'hui. Cet ex numéro deux de Renault a de lourdes responsabilités sur les épaules. Il va devoir faire des choix et les bons. PSA aurait déjà bien aimé suivre le chemin de Fiat et concrétiser ses accords de partenariat avec GM noués en 2012. Mais la perspective de l'arrivée du chinois Dongfeng au capital de l'entreprise a certainement refroidi l'américain qui a préféré revoir à sa plus simple expression les projets en commun et vendre sa participation de 7%. La recapitalisation de PSA est inéluctable. Et l'entrée de Dongfeng mais aussi de l'Etat français quasiment actée. Le plus dur reste toutefois à faire.
Car même doté de nouveaux capitaux, PSA doit être suffisamment à l'aise dans le temps pour garantir sa capacité d'investissement. Or, la faiblesse des cash flow générés depuis plusieurs années, affaiblit de manière récurrente cette autonomie. De même, l'endettement de l'entreprise d'environ 4 milliards d'euros demeure très important et lui coûte cher. Et ce, alors qu'elle perd régulièrement des parts de marché. La nouvelle feuille de route de Carlos Tavarès devra donc faire avec un marché européen atone, des moyens financiers très limités et une faible pénétration à l'étranger. Nul doute qu'il va vouloir profiter de son alliance avec Dongfeng pour accélérer les ventes en Chine et au-delà, la délocalisation de la production. Stratégie qui devrait forcément se traduire par la fermeture de nouveaux sites français.
A ce niveau, Renault a déjà pris de l'avance. L'Europe de l'est, l'Asie, les Etats-Unis et le Brésil - soit le premier marché du constructeur depuis 2011- ont déjà réalisé plus de la moitié de ses ventes consolidées l'an passé. De même, la marque au losange a fait depuis longtemps le choix de la délocalisation, vers le Maroc, la Turquie, la Slovénie, la Russie, le Brésil ou l'Inde. Non content de réaliser des économies, cela lui a aussi permis d'ajuster ses prix de vente et de conquérir ces marchés locaux. Du coup, le groupe dirigé de main de fer par le brésilien Carlos Ghosn semble bel et bien en meilleur posture que son concurrent national.
Ces deux entreprises réussiront-elles à afficher en 2014 d'aussi belles performances boursières qu'en 2013 ? Car même si PSA laisse craindre le pire, son titre a enregistré un gain de...73% en 2013 (certes après avoir fondu par rapport à ses plus hauts de 2007 où il s'inscrivait à 64 euros). Renault s'est également avancé de 44% faisant nettement mieux que le CAC 40. La perspective d'une augmentation de capital devrait logiquement peser sur le cours de PSA à court terme. Renault, de son côté, sera davantage dépendant des performances de ses orientations internationales et de ses dernières sorties (après ses succès dans le low-cost, le haut de gamme est sa priorité, en témoigne le lancement en grande pompe de sa ligne Initiale Paris). Tout dépendra de l'appétit des investisseurs pour les valeurs cycliques, les grandes gagnantes du dernier millésime boursier.
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