Poweo dans le noir
L'opérateur alternatif manque de visibilité sur l'ouverture du marché de l'électricité, ce qui compromet le financement de ses moyens de production.
Poweo joue en ce moment des numéros d'équilibriste sur une pente savonneuse. Force est de constater que les comptes du producteur alternatif d'électricité, qui attend plus que quiconque la dérégulation du marché, se sont encore dégradés au troisième trimestre. L'activité de distribution d'énergie y est en repli de 14 %, le groupe ne parvenant pas à capturer une base de clientèle solide. Le segment des particuliers, peu consommateur, progresse mais reste entravé par un important taux de résiliation, d'environ 4 %. Et la pénétration est toujours aussi difficile auprès des grands comptes (-48 %) et des réseaux (-28 %), pourtant plus rémunérateurs.
Le groupe est d'autant plus préoccupé par la situation actuelle que, jugée provisoire, elle risque de durer plus longtemps que prévu. Le gouvernement renâcle en effet à mettre en place la réforme du marché de l'électricité, prévue pour juillet 2010 mais plutôt effective en fin d'année prochaine. L'enjeu est crucial, surtout le prix de rachat de l'électricité qui sera établi. Poweo table sur une augmentation progressive du prix de vente finale, mais qui est pour le moment inférieure à ses prévisions. D'où 20 millions d'euros d'amortissement supplémentaires à inscrire, et une perte opérationnelle supérieure à 50 millions d'euros en 2009.
Or Poweo a plus que jamais besoin de ces sources de revenus pour financer des investissements dans ses moyens de production. Charles Beigbeder a ambitionné de faire de son groupe un producteur alternatif d'électricité, et lancé des programmes pharaoniques dans l'éolien, l'hydroélectricité, le solaire et le thermique. Un peu plus de 500 MW de capacités ont déjà construits, mais plus de 3 000 MW de projets sont encore en portefeuille. Or, handicapé par une surface financière limitée, il va devoir se recentrer sur les développements les plus attractifs.
La situation actuelle est donc pour le moins périlleuse et son fondateur Charles Beigbeder semble l'avoir pressenti, lui qui s'est désengagé de son poulain il y a quelques mois. Le serial entrepreneur est coutumier du fait; en 2001 il avait déjà cédé Selftrade au prix fort (911 millions d'euros) à DAB Bank, avant que celui-ci ne le revende deux ans plus tard à Boursorama, en moins bon état et pour 62 millions d'euros... Une grosse casse pour le courtier en ligne allemand. Espérons que l'aventure Poweo ne se termine pas sur le même schéma.
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17/09/2021 - 10:31

