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Le libre-échange primera-t-il le protectionnisme ?

Pour s'accorder, l'UE devra faire des concessions en matière de politiques agricoles, tandis que les Etats-Unis devront davantage ouvrir leurs marchés publics. Ce qui promet de vives discussions.
Ça y est, Barack Obama a profité de son discours sur l'état de l'Union pour annoncer officiellement l'ouverture des discussions pour la mise en place d'un accord commercial de libre-échange avec l'Union européenne. Les pourparlers pourraient débuter d'ici à juin pour aboutir à un pacte sous deux ans, selon le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Un entrain commun donc, mais qui risque de se heurter aux réalités politiques et économiques. Car les grosses barrières entre les deux continents sont plus réglementaires, c'est-à-dire souvent protectionnistes, que douanières (pas plus de 4% de droits de douanes en moyenne). Evoqué depuis plusieurs années déjà, cet Accord de croissance économique transatlantique (ACET) rapporterait, selon José Manuel Barroso, "0,5% de richesse en plus pour les européens". D'ailleurs, d'après les études de l'American Chamber of Commerce à Paris, ce projet pourrait permettre un gain de PIB combiné de 180 milliards d'euros en cinq ans. Le président américain n'a pas détaillé les principes d'une telle alliance, qui concernerait 800 millions de consommateurs. Les échanges commerciaux entre les deux continents se sont, pour leur part, élevés à 645,9 milliards de dollars, selon les chiffres américains. Reste maintenant à savoir si les pays pensent réellement y trouver leur compte. Car les résultats d'une étude portant sur 3 000 cas de décisions prises des deux côtés de l'Atlantique pour réduire les risques (sanitaires, environnementaux etc.), montrent que la plupart l'ont été pour des raisons protectionnistes. Ce constat, qui ne date pas d'aujourd'hui, a poussé deux membres haut placés du Comité des finances du Sénat américain, Max Baucus (démocrate) et Orrin Hatch (républicain), à envoyer une lettre au représentant en charge du commerce, Ron Kirt, mandaté par Barack Obama pour suivre les discussions. Et cette dernière missive reflète bien les peurs qui sont celles des américains. Notamment celles sur la sensible question de l'agriculture et la barrière des subventions que la France n'aimerait pas voir tomber. "Nous ne souhaitons pas faire de concessions sur les OGM ou les hormones", a également déclaré José Manuel Barroso. De leur côté, les Etats-Unis devraient se montrer frileux pour faire tomber les barrières dans des domaines tels que le transport maritime, l'habillement mais surtout celles permettant l'ouverture des marchés publics américains. C'est-à-dire lâcher du lest sur la PAC (Politique agricole commune) pour l'Europe et sur le Buy American Act pour les Etats-Unis. Les négociations promettent ainsi d'être musclées, d'autant plus que l'Union européenne reste un assemblage d'Etats ayant des intérêts particuliers à défendre et ne partageant pas la même culture face à la mondialisation. Le découpage fédéral des Etats-Unis et la majorité républicaine à la Chambre des représentants ne faciliteront pas non plus les choses. Toutefois en se mettant d'accord, les deux continents pourraient probablement défendre bien mieux leurs intérêts face à des pays émergents qui pèsent, voire son en train d'inverser les rapports de force. Pour certains spécialistes, une alliance transatlantique permettrait de donner le statut de standards aux règles commerciales américano-européennes. Alors même que les Brics jouent sans complexe la carte du protectionnisme.
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