La double peine pour Seb
Certains actionnaires ont refusé, hier, l'attribution de stock-options et d'actions de performance aux cadres dirigeants. Se tirant, de facto, une balle dans le pied.
Tout le monde connaît cette fameuse boutade, selon laquelle on appelle famille un groupe d'individus unis par le sang et brouillés par des questions d'argent. C'est le spectacle que donne depuis quelques temps la famille Lescure, ou plutôt l'ensemble des descendants du fondateur de Seb, puisqu'une partie d'entre eux n'arrêtent pas de chercher des poux dans la tête - ou plutôt dans les fiches de paie - du président.
Thierry de La Tour d'Artaise a un salaire confortable (environ 800.000 euros de fixe depuis 2007 et 1,2 million d'euros de variable au titre de 2010, soit 2 millions au total), quelques menus avantages en nature que l'on retrouve dans toutes les sociétés de ce type, et bien sûr des instruments de motivation (stock-options et actions de performance). Ce qui lui permet de détenir près de 120.000 actions Seb, à titre personnel, pour une valorisation de 8,6 millions d'euros.
Il n'y a rien d'excessif dans tout cela. Ou alors c'est qu'une vague de puritanisme et d'ascèse est en train de s'abattre bizarrement sur un capitalisme français, qui ne partait pourtant pas dans cette direction. Il n'y a rien d'excessif, surtout quand on sait que depuis que Thierry de la Tour d'Artaise a pris les commandes de la société, à la veille du krach boursier de 2000, la valorisation boursière de la société a été multipliée par quatre. Il n'y a rien d'excessif, non plus, à voir les comptes de Seb pour 2010 qui font ressortir une marge opérationnelle en hausse de 23,2 % et un résultat net part du groupe de 220 millions d'euros, en progression de 51 %.
Bien sûr on peut trouver que les stock-options ne sont pas la meilleure invention du monde, et qu'elles ne sont en rien un instrument "capitalistique", dans la mesure où face à la plus-value potentielle il n'y a pas de risque. Bien sûr, dans le même ordre d'idées, les actions de performance ne constituent pas non plus une très grande avancée. Bien sûr, il est heureux que des actionnaires montrent leur vigilance sur ces questions de rémunération, alors que dans trop de sociétés on assiste à des pratiques assez "limite" dans un semblant d'indifférence - ou de complicité - qui ne donne pas une image glorieuse du capitalisme hexagonal.
Mais il ne faudrait pas non plus devenir plus royaliste que le Roi. Priver le patron de Seb de stock-options pour des questions de dissensions familiales, c'est une chose qui ne grandit pas ceux qui en sont à l'origine. Priver du même coup près de 150 cadres dirigeants qui se défoncent pour faire de Seb une entreprise leader jusqu'en Chine, et qui parvient malgré tout à continuer d'être présente sur le plan industriel en France, c'est casser, à coup sûr, la dynamique de succès du groupe. C'est donc se tirer une balle dans le pied à plus ou moins brève échéance. Et condamner Seb à une double peine : la moindre motivation de ses cadres, et un handicap pour recruter les talents qui feront son succès dans l'avenir. Comme quoi l'enfer est pavé de bonnes intentions. S'il s'agit vraiment d'intentions louables ?
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