Aegis : la caisse ou la casse ?
La cession imminente de Synovate marque le début du démantèlement d'Aegis que regardent de près Martin Sorrell, le patron de WPP, et Vincent Bolloré, celui d'Havas.
Ce n'est pas un hasard si l'action Aegis grignote tous les jours du terrain dans un environnement boursier détestable. Depuis le début de l'année, le titre a gagné près de 10%, alors que l'action Havas a reculé de 11% et celle du britannique WPP a perdu plus de 5%. Les rumeurs sur une prochaine cession de Synovate, la lucrative filiale d'études de marché d'Aegis, s'intensifient.
Jusque-là, seul Ipsos semblait intéressé et prêt à payer 500 millions de livres. Depuis quelques jours, on sait que le fonds d'investissement Cinven est prêt à surenchérir à 520 millions. Sans compter une arrivée surprise du groupe allemand GfK. On comprend aisément que cette probable transaction excite les investisseurs dans la mesure où la valeur attribuée à Synovate représente, à elle seule, près de 30% de la capitalisation boursière d'Aegis.
Mais une fois cette cession réalisée, quel sera l'avenir du groupe britannique? Sa taille est trop faible pour s'imposer parmi les grands et certains morceaux sont trop gros pour être repris par des compétiteurs, sans que cela pose des problèmes d'antitrust ou des conflits d'intérêts avec des grands clients mondiaux. Il reste que le dossier est ouvert. Dans les Echos de ce matin, Martin Sorrell, le patron de WPP, déclare "nous pourrions être intéressés par des parties d'Aegis Media, mais nous ne pourrions pas reprendre l'ensemble, pour des raisons réglementaires".
Et puis il y a Vincent Bolloré, qui est à la fois patron d'Havas et actionnaire à hauteur de 26,2% d'Aegis. Jusqu'à présent, l'industriel breton s'entendait bien avec les dirigeants du groupe britannique. Mais au cours de l'été dernier, ceux-ci ont racheté une entreprise australienne, Mitchell Communication, en payant pour partie en titres, sans même prévenir les principaux actionnaires. Vincent Bolloré n'a guère apprécié ni de ne pas être consulté, ni de voir sa participation diluée à 26,2%.
C'est la raison pour laquelle, dans son rapport annuel, le groupe Bolloré explique "qu'il n'a plus les moyens d'agir en faveur de ses intérêts et qu'il n'est plus en mesure d'exercer une influence notable". Du même coup, il a décidé de déconsolider cette participation et de la reclasser en valeur de placement, se préparant ainsi à céder ses actions Aegis. D'autant plus qu'en euros, celles-ci sont revenues à leur valeur nette d'achat (550 millions d'euros).
Une cession n'empêcherait pas Havas, par ailleurs, de récupérer quelques bouts d'Aegis dans le domaine de l'achat d'espaces, tout en permettant à Bolloré d'arrondir son trésor de guerre. Bref, les jours d'Aegis comme groupe intégré sont aujourd'hui comptés. Et si son patron a eu beau répéter il y a quelques jours que la firme n'était pas à vendre, ses actifs eux le sont. Le dépeçage est en route.
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17/09/2021 - 10:31

