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Sur les marchés

Bill Gross ose l’impensable : achetez les pays émergents!

Le gérant obligatairea publié une lettre d'investissement très pessimiste, où il juge que le vieillissement démographique est une menace majeure, si bien qu’il faut se positionner sur les émergents et les obligations indexées sur l’inflation. George Soros s'est montré tout aussi bearish, comparant la situation à 2008.
Bill Gross
Bill Gross

Fidèle à ses métaphores puissantes, Bill Gross a publié une nouvelle lettre d’investissement avec un message fort en janvier, intitulée : « c’est un monde de Xanax ». Il commence avec des remarques très cyniques sur les moyens (fastfood, applications de jeux mobiles, sexting !) utilisés pour apaiser les masses, les fameux 99% de la population, tandis que les 1% profitent de la manipulation des titres et des taux d’intérêt pour s’enrichir encore davantage. Et en profite pour ironiser sur le décalage des discours démagogiques et religieux des candidats présidentiels, car que ce soit Hillary Clinton ou un autre, le prochain locataire de la Maison Blanche ne changera pas la donne.

Le vrai problème des Etats-Unis est un problème démographique : le vieillissement de la population et la charge qu’implique la prise en charge la génération du Baby Boom, que ce soit dans la santé, les caisses de retraite privées et la Sécurité Sociale. Bill Gross illustre son propos par des chiffres qui font froid dans le dos : la dette publique américaine atteint 16 000 milliards de dollars, soit près de 100% du PIB. Mais si l’on ajoute la dette de Medicaid (35 000 milliards), Medicaid (25 000 milliards) ou encore de la Sécurité Sociale (8 000 milliards) issue des programmes existants, il faut ajouter 66 000 milliards de dollars de passif, soit 400% du PIB ! « Nous sommes ruinés et ne le savons même pas », déplore-t-il en comparant cette situation au fait d’avoir un gâteau, le manger et compter sur une application pour nous en livrer un nouveau en même temps.

Pourtant, l’austérité n’est pas la solution à un problème démographique et non financier, selon Bill Gross. Les fonds fédéraux bloqués pour la Sécurité Sociale seront réévalués plus tard pour financer certains biens et services, et dépendront eux-mêmes du nombre d’actifs et du coût du travail pour les produire. Seuls des gains de productivité ou une hausse de la démographie pourraient remédier au problème, mais cela n’est pas vraiment la tendance actuelle. Pour contrer ce problème démographique, Bill Gross recommande donc aux pays développés de transférer une partie de ses actifs financiers vers les émergents sur le long terme. Par ailleurs, étant donné que la baisse du nombre d’actifs va conduire à une hausse des salaires, il faut s’en protéger avec des obligations indexées sur l’inflation. Néanmoins, les temps seont durs et les 1% auront eux aussi besoin de Xanax, prévient Bill Gross.

Le milliardaire George Soros ne s’est pas montré plus optimiste sur la situation lors d’un forum économique au Sri Lanka. Ce dernier a souligné que la Chine affrontait un problème dans la transition de son modèle de croissance, et que la dévaluation de sa monnaie impactait les autres économies. Il n’a pas hésité à employer le mot crise, et à la comparer à celle de 2008 sur les marchés. Mais pour Patrick Artus de Natixis, les deux phénomènes sont distincts : la précédente crise est née d’un décalage de risque, avec la réévaluation de produits immobiliers jusqu’à présent perçus comme sûrs. Le problème actuel vient plutôt de la liquidité, dans la mesure où les ETF et les fonds cotés investissent dans des actifs illiquides (dette LBO, infrastructures, immobilier etc) par recherche de rendement. Un choc externe pourrait créer un mouvement de panique et une chute du prix des actifs risqués, ce qui pourrait rendre insolvables ces acteurs du « shadow banking ». La liquidité du marché du crédit est donc à scruter de près pour anticiper l’arrivée d’une nouvelle crise systémique.

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