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Brexit : Theresa May joue sa crédibilité aujourd'hui à Westminster
Les députés britanniques ne comptent pas laisser le gouvernement May gérer tout seul les négociations sur le Brexit. Et pourraient faire entendre leur voix aujourd'hui et demain lors de l'examen en seconde lecture du projet de loi sur la sortie de l'Union européenne. La Chambre des communes doit en effet se prononcer sur une série d'amendements du texte initial -communément désigné comme le Withdrawal Bill- votés par la Chambre des lords, contre l'avis du gouvernement, visant à redonner du pouvoir au Parlement dans le processus de négociations.
La journée risque donc d'être mouvementée pour le gouvernement May, qui ne jouit au Parlement que d'une courte majorité, acquise grâce à l'union avec le parti indépendantiste irlandais DUP, lui-même en désaccord avec la proposition du gouvernement May sur la frontière du pays. Sachant qu'une grande partie des députés conservateurs ne soutient plus le projet de la Premier Ministre, notamment concernant la sortie de l'union douanière. Theresa May a bien tenté hier, de convaincre les rebelles de son parti de soutenir la position du gouvernement ."Nous devons penser au message que nous renvoyons à l'UE", a affirmé la première ministre en guise d'avertissement devant les députés de son parti. "Je suis convaincue que je peux aboutir à un accord qui nous permettra de redevenir indépendant sur la scène commerciale mondiale tout en ayant une frontière européenne avec le moins de friction possible. Mais si les amendements des Lords passent aujourd'hui, je ne serai plus en mesure de le faire", a poursuivi Theresa May.
Parmi les paragraphes qui risquent de faire du remous aujourd'hui, le numéro 19, déposé in extremis hier par le député europhile Dominic Grieve, ancien Attorney General sous le gouvernement Cameron. Selon cet amendement, le gouvernement aurait jusque fin novembre pour trouver un compromis avec l'UE, que les députés devront à tout prix valider. S'ils échouent à respecter cette échéance, les ministres devraient présenter une proposition devant la Chambre des communes pour détailler les prochaines étapes envisagées, que les députés devront encore approuver. Si aucun deal n'est ensuite trouvé à la mi-février 2019, le Parlement prendrait alors le contrôle des négociations avec l'Europe. Les députés conservateurs europhiles estiment que c'est là l'unique façon d'éviter un scenario de "no deal".
Pour tenter de contrer la proposition de Dominic Grieve, le gouvernement a de son promis aux députés de proposer de nouvelles options sous 28 jours si les députés rejettent le compromis avec l'UE en novembre prochain. Le gouvernement a par ailleurs averti que si l'amendement 19 était voté, le négociateur en chef du Bexit à Bruxelles, Michel Barnier, pourrait volontairement faire aboutir un mauvais deal d'ici novembre, afin de discuter ensuite directement avec le Parlement.
Selon le Guardian, qui a détaillé ce matin sur son site la liste des amendements discutés aujourd'hui et demain, celui proposé par Dominic Grieve est le plus tendu pour le gouvernement May et qui a le plus de chance d'être voté cet après-midi. Il suffirait en effet qu'une quinzaine de conservateurs s'allient avec l'opposition pour que l'amendement soit voté. Sachant que la Chambre des communes, à la différence de celles de lords, a le pouvoir d'empêcher l'adoption d'une loi, le résultat des votes, qui devrait être connu vers 16H, sera déterminant tant pour la poursuite des négociations avec l'UE que pour la Premier Ministre elle-même, dont la crédibilité est déjà très affaiblie. Le très sérieux Financial Times a en tous cas appelé les députés conservateurs à "prendre part à l'un des votes les plus décisifs de l'histoire britannique moderne" et espère que Westminster aura le dernier mot dans les négociations. Le calendrier est de plus en plus serré : le Brexit est prévu le 29 mars 2019 soit dans moins d'un an, et un compromis doit être trouvé d'ici l'automne, pour permettre aux parlements nationaux des 27 de se prononcer sur le texte...
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