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Une ode féministe à Janet Yellen

La première femme à présider la réserve Fédérale a tenu sa dernière conférence de presse, où elle a maintenu son ton confiant dans l’économie, malgré une inflation atone. Celle qui est restée discrète sur son genre pendant son mandat, mais a aussi accompagné la plus longue reprise américaine, est applaudie par les économistes.
Madame Yellen présidente de la Fed
Madame Yellen présidente de la Fed

Une dernière conférence de presse, mais pas (seulement) pour la gloire. Ce mercredi, la Réserve Fédérale américaine a annoncé la troisième et dernière hausse de ses taux directeurs en 2017, entre 1,25% et 1,5%, un retour à un plus haut depuis 2004. Les projections économiques de la Fed parlent d’elles-mêmes : la banque centrale américaine a encore relevé ses prévisions de croissance à 2,5% l’an prochain et en 2018, contre 2,4% et 2,1% précédemment, afin de prendre en compte les effets attendus de la grande réforme fiscale. Un coup de pouce à court terme, puisque la croissance à long terme reste évaluée à 1,8%. Le marché du travail se rapproche toujours plus du plein-emploi : le taux de chômage est attendu à 3,9% fin 2018, contre 4,1% en novembre et l’estimation précédente de l’institution. Seul facteur qui manque - toujours - à l’appel : l’inflation, qui reste obstinément sous les 2%, à 1,6% en rythme annuel en octobre dernier.

Janet Yellen a d’ailleurs gardé sa réserve habituelle sur le sujet, estimant qu’il faudrait peut-être attendre une période plus longue de plein-emploi avant de voir revenir la pression sur les salaires. Pour ces raisons, la Fed n’a pas modifié ses anticipations de hausses de taux, soit trois en 2018 et 2019. Une décision plutôt dovish donc, qui a pour but de laisser des marges de manœuvre à son successeur. Une « surprise » pour Paul Ashworth de Capital Economics, mais les économistes s’accordent à saluer le travail de la présidente de la Fed, qui a mis en place les conditions d’une reprise historique depuis 2008, soit une des plus longues de l’Histoire. « Sa plus grande réussite est peut-être d’avoir résisté à la tentation et aux colères de ceux qui réclamaient une fin prématurée à sa politique de taux bas à longue durée, qui attendaient une amélioration significative de la force de travail et de la croissance », salue Joseph Brusuelas, de RSM US.

Mais la force de Janet Yellen est aussi d’avoir assumé pour la première fois ce rôle en tant que femme, sans répondre aux attaques mais en restant ferme. Elle n’a fait mention de son genre que lors d’un rare discours, n’a jamais repris Barack Obama qui l’a appelée une fois « Mr Yellen », et a porté la même tenue pour son audition au Congrès et son inauguration, comme l’avait noté avec un humour douteux un éditorialiste (« au moins nous savons que son esprit ne sera pas préoccupé par la haute couture »), comme le rappelle le New York Times. Surnommée la « petite femme avec un grand QI », elle restera pourtant comme la seule présidente de la Fed à ne pas faire deux mandats, même si Donald Trump l’a qualifiée de « spectaculaire » et qui a fait un « travail sensationnel ». « Janet aurait dû être renommée, comme tous les anciens présidents de la Fed depuis près de 40 ans », a regretté la sénatrice démocrate Elizabeth Warren. « Mais ce n’est pas la première fois et certainement pas la dernière qu’une femme hautement qualifiée est devancée pour un poste qu’elle mérite clairement ».

Dans sa grande prudence à remonter les taux, Janet Yellen aura-t-elle permis à une bulle de se former sur les marchés ? « Le système bancaire est plus fort et résilient », se défend Janet Yellen, qui ne voit ni rouge ni orange sur les marchés à l’heure actuelle, a-t-elle expliqué mercredi. Ce n’est pas l’avis de tous, certains s’alarmant des niveaux de multiple sur le marché de la dette, qui rappelle des sueurs froides de 2007. Reste la question de la réforme fiscale : si elle provoque le rebond d’offre - et donc d’inflation - tant attendu, la Fed devra accélérer la normalisation monétaire. Et pour cela, « nous souhaitons bonne chance à Jay Powell. Il va en avoir besoin », note avec malice un économiste.


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