L'Italie à dix jours d'un vote crucial
Le nouveau chef du gouvernement italien devra s'atteler à rétablir la compétitivité coût du pays au plus vite, afin d'éviter une récession qui annulerait tous les efforts budgétaires accomplis jusqu'ici.
J-10 avant les élections législatives italiennes, que les marchés attendent avec anxiété depuis le départ anticipé de Mario Monti fin décembre. Selon les sondages les plus récents, la coalition de centre gauche, menée par le leader du parti démocrate Bersani, devrait l'emporter avec 36,8% des voix, loin devant l'alliance de centre droit menée par l'ancien président Berlusconi (28%). Le triomphe de Bersani serait favorable à la stabilité budgétaire du pays, puisqu'il a déjà annoncé son intention de poursuivre le redressement fiscal engagé par Mario Monti. L'ancien président du conseil, nommé in extremis en novembre 2011, à la suite de la résignation de Berlusconi, a entrepris un ensemble considérable de réformes en l'espace d'un an. Soutenu par un gouvernement de techniciens, il a fait adopter par le Parlement le fiscal compact, par lequel les Etats européens s'engagent à respecter un seuil de déficit structurel, remonter le taux de TVA, lutter contre l'évasion fiscale et entreprendre des réformes des retraites et du marché du travail.
Mais selon les analystes de Kepler, la partie est loin d'être gagnée et le successeur de cet ancien de Goldman Sachs ne pourra pas se reposer sur le travail de Mario Monti. Certes, les efforts accomplis par son gouvernement ont permis au pays de finir l'année 2012 avec l'excédent commercial le plus élevé de la zone euro, à 2,6% contre 0,2% en moyenne dans l'UEM. "Mais le principal défi pour le pays sera le retour d'une croissance de long terme, alors que le PIB devrait diminuer de 2,3% en 2012 et de 0,5% en 2013", explique Gianantonio Villani, économiste chez Kepler. Pour rétablir cette croissance, le pays devra restaurer sa compétitivité.
C'est d'ailleurs selon Natixis, l'un des trois défis les plus graves qui attendent le prochain gouvernement. Le coût salarial unitaire en Italie a augmenté de 40% par rapport à celui de l'Allemagne depuis la création de l'euro ; son niveau est supérieur de 5% à celui observé à Berlin, malgré un niveau de gamme de la production plus faible. "L'Italie est le seul pays périphérique dont le coût du travail n'a pas encore diminué. Il s'est seulement stabilisé", explique Glada Giani, économiste Europe chez Citi.
Deuxième maillon faible de l'économie italienne: le recul de la productivité. Celle du travail a stagné jusqu'en 2007, puis reculé depuis le début de la crise. La productivité globale a reculé de 10% depuis le début des années 2000. Du coup, "quand on calcule la croissance potentielle de l'Italie, on parvient à un chiffre négatif, avec une stagnation de la productivité et un vieillissement démographique", expliquent les analystes de Natixis. Ce qui rendra d'autant plus difficile la tâche de réduire le taux d'endettement.
Enfin, les coûts de financement de l'économie, même s'ils ont diminué depuis la promesse d'OMT de la BCE, restent très élevés. L'Etat, mais également les ménages et les entreprises sont confrontés à des taux d'intérêt au plus haut, entraînant un recul de l'investissement.
"Ces trois problèmes structurels sont graves car ils sont en train de détruire l'une des forces de l'économie italienne : les grosses PME industrielles du Nord", explique encore Natixis. L'industrie, qui représentait 17% du PIB avant la crise, est en train de se contracter, avec des pertes d'emplois et de parts de marché. Pour empêcher un effondrement de l'économie, le futur gouvernement devra donc impérativement soutenir l'effort d'innovation, pour accroître la productivité et réduire les coûts unitaires.
© Copyright WanSquare
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article
À lire aussi

