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Gérald Darmanin fait de la pédagogie sur les dépenses publiques
Gérald Darmanin n'a pas cherché à atténuer le tableau hier après-midi à Bercy, à l'occasion des Etats généraux des comptes publics de la nation. "La vérité des comptes publics est sans appel", a-t-il affirmé en exergue de son long discours, qui a sonné comme un véritable appel aux citoyens à prendre en main le destin budgétaire de leur nation. "Nous ne pouvons perpétuer les logiques de procrastination budgétaire. (...) Ce ne sera pas facile. Face à l'ampleur de la tâche, c'est à la France toute entière de travailler". Chiffres à l'appui, le jeune ministre a souligné que le dérapage de 8 milliards d'euros par rapport au déficit annoncé par l'ex-gouvernement et mis en avant par la Cour des comptes la semaine dernière, correspondait au budget de la justice tout entier. Et afin de donner un autre ordre de grandeur aux contribuables présents dans la salle, le ministre a affirmé que le montant des dépassements sur les dépenses de l'Etat en 2017, de 6 milliards d 'euros, représentait 3 fois le budget de l'Outre-mer. "L'argent public n'est autre que l'argent de chacun des Français. Sa mauvaise gestion produit le même cercle vicieux dramatique que celui du concitoyen", a martelé Gérald Darmanin, bien décidé à faire de la pédagogie sur le sujet de la dette publique, parfois trop éloigné des préoccupations des Français. Pourtant, chaque Français hérite dès sa naissance d'une dette de 32 000 euros, a souligné le ministre pour illustrer son propos, la France devant à ce jour 2 147 milliards d'euros à ses créanciers.
Le ministre a ensuite salué le travail de transparence de la Cour des comptes, qui permet depuis des décennies de dresser un état des lieux du budget de l'Etat. Il a épinglé au passage les précédents gouvernements, incapables de tenir leurs engagements financiers : "faire des annonces que l'on ne sait financer, c'est le jeu d'une classe politique qui ne tient pas sa parole". La dépense publique n'a ainsi cessé de progresser depuis 1960, passant de 35% du PIB à 56,4% du PIB, sachant qu'en 2016, seuls 6% de ces dépenses ont été consacrées aux investissements. Et si rien n'est fait, la situation devrait empirer, alors que les taux d'intérêts vont progressivement remonter et que la charge de la dette représente le deuxième poste des dépenses de l'Etat. Le ministre a donc pris l'engagement du "sérieux budgétaire" et de "maîtrise de la dépense", seul moyen de réduire enfin les impôts et les charges qui grèvent le pouvoir d'achat des Français. Chaque ministère sera touché par l'effort de réduction des dépenses a affirmé Gérald Darmanin, et si certaines dépenses sont prévues dans le programme du gouvernement, elles devront être compensées par des économies équivalentes.
D'un point de vue très concret, le gouvernement va donc devoir trouver 5 milliards d'euros en urgence pour boucler le budget et tenir les 3% de déficit. Les 8 milliards nécessaires pour passer sous la barre des 3% et mis en exergue par les sages de la rue Cambon ne semblent donc pas à l'ordre du jour, et le gouvernement devrait plutôt viser le rétablissement à 3% tout juste de déficit. Un décret en cours de préparation devrait ainsi faire le tri dans les dépenses annoncées pendant la campagne et dont certaines devront être gelées vu l'ampleur du dérapage, a annoncé le ministre. S'il n'a naturellement pas donné le détail du décret d'avance, il a évoqué l'annulation de 120 millions d'euros de crédit pour le ministère des Finances, grâce à des réductions de dépenses de fonctionnement courant.
Par ailleurs, et afin de réformer en profondeur les pratiques budgétaires de l'Hexagone, Gérald Damrnain a annoncé que la procédure parlementaire conduisant au vote de la loi de finance, serait révisée : ainsi, la durée de l'examen de l'exécution du PLF devra être allongée, afin de donner la priorité au résultat plutôt qu'à l'autorisation initiale : "passer trois mois sur le budget, qui est une prévision, et quelques heures sur l'exécution n'est pas digne du respect du Parlement", a affirmé le ministre. Les pouvoirs du Parlement en la matière devront donc être renforcés, après concertation des deux chambres sur le sujet.
Le but étant que sur le quinquennat, l'Etat parvienne à réduire la dépense publique de 3 points, mais également que les prélèvements obligatoires soient diminués d'1 point , le déficit de 2 points et la dette (qui a atteint en 2016 96,3% du PIB) de 5. "Le cap est exigeant mais soyez sûrs que la réussite est possible. Si nos voisins européens l'ont fait, avec une baisse moyenne de leur déficit de 3,3 points entre 2010 et 2016, alors nous pouvons le faire aussi", a conclu le ministre en guise d'encouragement. Le décret d'avance sera certainement scruté de très près par l'ensemble des acteurs économiques, pour savoir qui sera concerné par les coupes claires. Mais quels que soient les secteurs visés, l'effort devra être collectif, a ainsi asséné le ministre, puisqu'il en va de la solidarité des citoyens à l'égard des futures générations...
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