Evasol : la décision opaque du Tribunal du Commerce
Le juge a rendu une décision contestable en cédant le spécialiste du solaire photovoltaïque en redressement judiciaire à un repreneur moins bien disant, en prix comme en termes d'emplois.
Le Tribunal de Commerce de Lyon se serait-il fourvoyé dans l'affaire du redressement judiciaire de l'entreprise Evasol? Mardi, le juge a tranché en faveur de l'offre de reprise de Giordano Services, une start-up spécialisée dans les chauffe-eaux solaires, basée à Aubagne. Un choix qui a surpris les deux autres candidats, Next Generation et le belge Windeo Green Futur.
Placé en redressement judiciaire le 29 mars dernier, Evasol employait 98 salariés, contre 500 il y a à peine deux ans. Dans son offre, Giordano Services a prévu de conserver seulement 41 emplois alors que Next Generation en sauvait 55 et Windeo 58, tout en prenant en charge l'ensemble des congés payés! On peut s'étonner de constater que 17 personnes supplémentaires se retrouveront au chômage sans raison, surtout dans un contexte économique difficile en France où l'on vient d'atteindre le record de 3 millions de chômeurs. Marc Giordano se défend : "avec cet effectif, adapté à l'activité actuelle, la société devient rentable". En valeur, le favori du Tribunal de Commerce offrait 260 000 euros et Windeo Green Futur, le mieux-disant, proposait 335 000 euros... Autre avantage, Windeo Green Futur proposait de conserver le siège social du lyonnais pour y transférer ses activités françaises.
Qu'est ce qui a pu séduire les juges? "Le tribunal a opté pour le projet qui offrait le plus de perspectives d'avenir pour Evasol", rapporte Maître Lapierre, administrateur judiciaire en charge du dossier. Giordano Services s'associerait à un fonds suisse qui propose une stratégie très innovante, permettant au P-dg de tabler sur 4,58 millions d'euros de recettes et 830 000 euros de résultat net à fin 2012, business plan sur lequel s'était aligné le belge Windeo.
La décision révèle d'autres éléments suspects. Lorsqu'un délai supplémentaire a été octroyé pour la remise des offres, le Tribunal de Commerce, qui avait déjà reçu celle de Windeo, lui a proposé d'améliorer son offre, ce que son P-dg, Loic Pequignot, a accepté. Mais cela n'aura pas suffi à emporter l'adhésion des juges, d'autant que Windeo ne jugeait pas utile de maintenir Stéphane Maureau, patron d'Evasol, aux commandes de la société.
Bien qu'il s'avoue vaincu, le candidat malheureux a tout de même fait état de la situation à Arnaud Montebourg dans un courrier. Car selon les termes de notre droit national, les juges d'un tribunal de commerce sont censés choisir l'offre de reprise d'un groupe sous redressement judiciaire selon deux critères primordiaux: le maintien de l'emploi et la valorisation des actifs. Sur ces deux points, la candidature la mieux-disante pour la cession d'Evasol n'a pas été retenue, ce qui permet de soulever des questions justifiées sur le fonctionnement de la justice consulaire française.
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