Jack Ma, première victime du protectionnisme en 2018
Jack Ma aura pourtant déployé les plus grands efforts pour gagner la sympathie de l'administration Trump, mais c'est peine perdue. Mardi, Ant Financial, un spin-off d'Alibaba et l'un des leaders mondiaux du transfert d'argent, a annoncé qu'il abandonnait son OPA à 1,25 milliard de dollars sur l'américain MoneyGram, en raison de l'opposition du Comité des Investissements Etrangers aux Etats-Unis (CFIUS). La maison-mère d'Alipay, qui avait lancé une première offre en janvier dernier puis proposé une surenchère pour contrer une offre concurrente en avril, a soumis le projet à trois reprises à l'autorité antitrust, mais cela n'aura pas suffi.
C'est sans aucun doute l'arrivée d'un nouveau Président au discours protectionniste qui aura été fatale à l'opération : "l'environnement géopolitique a changé considérablement depuis que nous avons annoncé la première transaction avec Ant Financial il y a près d'un an. Malgré nos meilleurs efforts pour travailler en coopération avec le gouvernement US, il est apparu évident que le CFIUS n'approuverait pas cette fusion", a déclaré le CEO de MoneyGram, qui a indiqué que les deux groupes noueraient des accords de coopération étroits, tout en étant évidemment "déçu" de cette issue.
Cet échec est aussi cinglant pour Jack Ma, qui courtise le marché américain du e-commerce depuis plusieurs années déjà. Après l'IPO réussie d'Alibaba en 2014, l'homme d'affaires chinois réputé pour sa jovialité a cherché à concurrencer Amazon et eBay, mais n'a jamais réussi à conquérir les consommateurs américains. Le vent a semble-t-il même tourné fin 2016 lorsque sa plateforme Taobao a été réintroduite dans la liste des sites réputés pour vendre de la contrefaçon, selon le Département du Commerce américain. L'emblématique quinquagénaire s'est alors investi personnellement et, lors d'une rencontre avec Donald Trump en janvier 2017, a promis qu'il investirait dans le pays et contribuerait à la création d'un million d'emplois, sans détailler sa promesse.
Mais cela n'a pas été suffisant pour le Président américain, qui a été élu sur un programme protectionniste et accuse régulièrement Pékin de sous-valoriser sa monnaie pour améliorer sa balance commerciale. Sans compter que MoneyGram gère les données financières confidentielles de millions d'Américains et Washington n'a pas considéré avoir suffisamment de garanties de la part de l'acheteur chinois. Le Congrès américain semble même déterminé à vouloir aller plus loin : un texte visant à élargir les pouvoirs du gouvernement, et en particulier du CFIUS contre des projets de ventes d'achats d'actifs américains à des étrangers, pourrait être voté dès le printemps prochain.
Certes, les blocages de M&A entre Etats-Unis et Chine ne datent pas de l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche : au cours de la dernière décennie, un quart des deals chinois aux Etats-Unis ont été abandonnés, selon Thomson Reuters, contre 8% pour des actifs européens. Mais cette fin de non-recevoir opposée à l'homme d'affaires le plus en vue en Chine pourrait vexer le gouvernement chinois et justifier des mesures de rétorsion envers les corporates américains désireux de profiter de l'ouverture progressive de Pékin. Le cas d'école Jack Ma est en tout cas révélateur des nouvelles forces en vigueur, celles de puissances pour qui la conquête passe aussi - et avant tout - par la préservation de leurs pépites nationales.
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