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Les élections italiennes laissent les marchés de marbre... pour l'instant

Alors que le parti populiste 5 Etoiles et la Ligue du Nord anti-européenne ont réalisé une percée historique hier, et qu'aucune majorité claire ne se dessine, les marchés européens gardent le moral. Excès de complaisance ou certitude que rien ne bougera en Italie ? 
Rome - Italie - illustration
Rome - Italie - illustration

Les sondages se sont une fois de plus trompés. Si la plupart des enquêtes et des stratégistes prédisaient une absence de majorité à l'issue des élections législatives italiennes, peu d'entre eux anticipaient une telle percée des formations populistes lors du scrutin. Or, selon les résultats partiels, le Mouvement Cinq Etoiles de Luigi di Maio obtiendrait un score historique de 32% des voix, devançant de loin le parti démocrate de centre gauche de Matteo Renzi (qui devrait obtenir un score inférieure à 20%) et obtenant presqu'autant que la coalition de droite (37% des suffrages).  Autre surprise de ce scrutin, la montée en puissance au sein de cette coalition de droite, du parti anti-européen La Ligue du Nord de Matteo Salvini, qui, avec 16,7% des voix, a donc devancé les deux autres partis de l'alliance de droite, Forza Italia de Silvio Berlusconi et Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni. La formation d'un gouvernement s'annonce très compliquée, puisque selon la nouvelle loi électorale, le seuil pour obtenir la majorité des sièges est d'au moins 40%, score qu'aucun parti ni aucune coalition n'est parvenu à obtenir hier. 

Malgré ces résultats plus "inquiétants que prévu", les marchés européens n'ont quasiment pas réagi ce matin, ni même l'euro qui était stable contre le dollar. Si le principal indice italien reculait de plus de 1% l'ensemble des autres bourses européennes était dans le vert, de même que l'Eurostoxx, qui évoluait en hausse de 0,5% à la mi-journée. "Le mutisme des marchés n'est pas très surprenant de notre point de vue, puisque l'absence de majorité était prévue, ce qui a réduit l'effet de surprise", justifie Paolo Pizzoli, économiste chez ING. Même constat pour Vincent Reinhart, économiste en chef chez Standish (BNY Mellon AMNA). "La formation d'un gouvernement sans majorité est une constante de l'histoire politique italienne", explique l'économiste.

Mais c'est justement l'issue des négociations et le gouvernement qui en sortira qui pourrait faire fléchir les marchés dans les prochaines semaines, même si les tractations risquent d'être longues et difficiles. Scénario le plus redouté des marchés, la formation d'une coalition entre les deux mouvements populistes Cinq Etoiles et Ligue du Nord. Un cas de figure cependant peu probable, selon Paolo Pizzoli, qui estime que l'électorat de la Ligue est principalement situé dans la partie Nord et la plus riche du pays, quand la base de Cinq étoiles est beaucoup plus populaire, et avec des attentes en termes de réformes économiques opposées à celles de la Ligue. Autre possibilité pour le futur gouvernement, une alliance de tous les principaux partis politiques, peu probable non plus, selon Yvan Mamalet, économiste à la Société Générale. Selon lui, la coalition de droite pourrait aussi se chercher un partenaire extérieur, de centre gauche par exemple. Mais, sachant que La Ligue du Nord est en tête au sein de la coalition et devrait donc réclamer le poste de premier ministre, il est peu probable que des partis "externes" acceptent de s'allier, si le gouvernement est dirigé par Matteo Salvini. 

L'impact de ces élections pour l'économie italienne devrait cependant être limité, poursuit Yvan Mamalet. Selon lui, tous vont devoir faire des compromis par rapport à leurs promesses électorales. Une bonne chose puisqu'une grande partie de ces promesses n'était pas budgétée et donc peu réaliste et réalisable. Le pays ne dispose par ailleurs pas de marge fiscale suffisante pour pouvoir mettre en place de grands programmes de relance. Ce qui explique également le peu de réactions des marchés ce matin.

Quoi qu'il en soit, l'issue des négociations est si incertaine que la majorité des stratégistes recommande de réduire l'exposition au risque italien (sur le marché actions et taux). "Nous étions déjà prudents avant les élections. Le résultat du vote renforce ce sentiment dans un contexte où les agences de notations pourraient décider d'abaisser la notation du pays", explique ainsi Ciaran O Hagan, Head of European Rates chez Société Générale. Moody's a ainsi prévu de revoir la note du pays, actuellement située à Ba2 assortie d'un outlook négatif, le 16 mars prochain. Même si elle devrait attendre qu'un gouvernement soit formé avant de prendre une décision, elle pourrait décider de downgrader l'Italie en dehors du calendrier annoncé, plus tard dans l'année, une fois que l'issue des discussions sera connue. Ce qui pèsera sur les obligations italiennes.

Les marchés, pour le moment relativement calmes face au bazar politique italien, pourraient se montrer plus volatils au fur et à mesure des discussions, en particulier si le Mouvement Cinq Etoiles fait partie du prochain gouvernement. D'autant que l'Italie, troisième puissance économique de la zone euro, est un allié essentiel pour la France et l'Allemagne, désireux d'accélérer l'intégration de la zone. En l'absence de gouvernement ou même en présence d'un parti eurosceptique au sein de l'exécutif italien, le projet d'Emmanuel Macron risque d'être ralenti. Ce qui pourrait impacter si ce n'est les marchés, du moins la monnaie unique.

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