M&A: le grand décrochage de l'Europe... et de la France
Les transactions ont chuté de 43% en Europe au premier semestre, alors qu'elles grimpaient d'un tiers outre-Atlantique. La raideur du marché français et les frilosités ne laissent espérer de rebond qu'en 2014.
Les chiffres sont à la hauteur du camouflet infligé au Vieux Continent sur le front des fusions-acquisitions, un marché révélateur de l'activisme des économies. Lors des six premiers mois de l'année, les montants des deals ont grimpé de 34% à 437 milliards de dollars aux Etats-Unis, portés par des rachats géants comme la marque de ketchup Heinz, le fabricant d'ordinateurs Dell ou encore l'opérateur de télécoms Sprint. Pendant ce temps, l'Europe subissait un véritabe coup d'arrêt des transactions: une chute de 43% à 220,9 milliards de dollars sur les six premiers mois de l'année, un point bas depuis 1997!
La situation est encore plus préoccupante en France, qui atteint péniblement les 33,4 milliards de dollars de deals (un plancher depuis dix ans) dont plus de 4 milliards attribués à la simplification des liens capitalistiques entre BPCE et Natixis. Une telle atonie vient du côté acheteur: les corporates français n'osent pas se lancer dans des acquisitions même s'ils disposent de cash et que le financement est très bas, par peur de l'évolution de la conjoncture et de surpayer leurs emplettes. Mais aussi du côté vendeur: les cibles françaises sont soigneusement évitées par des acheteurs étrangers, qui craignent le matraquage fiscal et un droit du travail particulièrement protecteur de l'employé. Sans parler des faibles perspectives de croissance du marché local.
Et lorsque certaines pépites françaises arrivent à prendre de l'ampleur, elles sont ensuite croquées par des acheteurs américains aux poches profondes. Exemple flagrant qui vient d'être annoncé: le rachat du spécialiste du marketing digital Neolane par Adobe pour 600 millions de dollars, soit plus de dix fois son chiffre d'affaires! Autre exemple de deal entrant dans les statistiques: Hologram industries, lauréat du Prix de l'Audace Créatrice 2012, fait l'objet d'une OPA de la part de son fondateur accompagné par Abénex, car elle ne se sert pas de sa cotation pour se financer, et que les coûts sont devenus trop élevés. Un cas symptomatique.
Le marché hexagonal semble ainsi ankylosé, comme paralysé par ses propres travers. D'autant que dans certains cas, le politique s'en mêle. Lorsqu'Areva renonce à vendre Canberra, sa filiale de mesures dans le domaine nucléaire trois mois après la signature, l'argument du manque de financement apparaît bien peu crédible, alors que Pierre Blayau a pris la présidence du conseil de surveillance il y a seulement dix jours.
Mais c'est également au-delà, au niveau européen, que l'évolution des M&A défie les règles du genre. En général, une hausse des cours boursiers associée à des coûts de financement bas sont favorables au rebond du marché. Les vendeurs attendent une meilleure appréciation du marché, et les fonds de private equity sont défavorisés au profit d'acheteurs en titres. Mais depuis, le changement de Ben Bernanke et le ralentissement chinois ont secoué les Bourses et surtout fait grimper la volatilité, ce qui ne devrait pas encourager les protagonistes. Les banques d'affaires attendent plutôt une reprise début 2014, lorsque le front macroéconomique sera un peu meilleur en Europe. En attendant, les banques misent plutôt sur les introductions en Bourse de participations du private equity ou de filiales de grands corporates. Mais il faudra être persuasif, l'argument "faute de mieux" ne pouvant être servi à des investisseurs très exigeants et scrupuleux.
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