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Sur les marchés

Marchés : pas une seule, mais trois zones de danger

Le Dow Jones et le CAC ont fortement reculé vendredi, ce qui reflète l’angoisse des investisseurs face aux tarifs douaniers avec la Chine, le resserrement monétaire de la Fed et la crise de réputation de Facebook. Après des mois d’euphorie, les marchés sont plus sensibles que jamais aux risques.
Bull and bear - Bourse - marchés (hausse, baisse) - Francfort
Bull and bear - Bourse - marchés (hausse, baisse) - Francfort

La riposte chinoise aux tarifs douaniers mis en place par Donald Trump aura pourtant été timide : alors qu’ils représentaient 60 milliards de dollars côté US, le pays de Xi Jinping n’a pour l’instant décidé d’instaurer une taxe supplémentaire que sur 3 milliards de dollars de produits américains importés. Pourtant, l’atmosphère de guerre commerciale a réussi à faire décrocher les marchés américains, mais aussi européens ce vendredi : l’indice Dow Jones a reculé de plus de 400 points (-1,7%) et le CAC 40 a lâché 1,3% pour cette dernière séance de la semaine.

Trois facteurs ont semble-t-il causé ce décrochage, après une semaine particulièrement chargée. Tout d’abord, Jerome Powell a animé mercredi sa première conférence et justifié une sixième hausse de taux depuis la crise, tout en essayant de se réserver le maximum de flexibilité sur la suite du resserrement monétaire. Mais la banque centrale américaine a bien dû prendre en compte l’accélération de l’économie ces derniers mois et l’impact de la réforme fiscale dans ses prévisions de croissance. « Jerome Powell s’est montré pragmatique, bref et clair. Comme il n’est pas économiste, il ne commettra pas d’erreur à cause d’un dogme ou d’une idéologie », analyse Gregori Volokhine, président de Meeschaert Financial Services. S’il a maintenu que les signes de pression sur les prix et salaires sont encore absents, les acteurs du marché se rendent à l’évidence: celle d’une Réserve Fédérale engagée dans un cycle de hausse des taux, qui plus est indispensable après une période historiquement longue de taux bas et de Quantitative easing.

En outre, la tech vit des heures sombres, et en particulier Facebook, dont le business model est mis à mal depuis que les données de ses utilisateurs ont été détournées pour le compte de la campagne présidentielle de Donald Trump. Le titre a dévissé de près de 10% sur la semaine, soit 50 milliards de dollars partis en fumée. Mais surtout l’image de Mark Zuckerberg a été écornée, le CEO ayant attendu cinq jours pour réagir officiellement à ces révélations. Les valeurs du secteur – les plus grosses de l’indice US – ont ainsi souffert de ce scandale, et force est de constater que les autres secteurs ont aussi du mal à trouver un second souffle après des mois de hausse insouciante des marchés. « En ce moment, il n’y a pas de secteur moteur sur les marchés : la tech est attaquée, les financières dépendent des taux longs qui restent assez bas, et les cycliques dépendent de la croissance globale, et donc pâtissent des craintes de protectionnisme », relève Gregori Volokhine.

Enfin, le phénomène Trump n’est pas étranger à cette défiance des investisseurs, même s’il a largement contribué au rallye après l'élection. « La crainte est celui du passage à l’acte de Donald Trump. S’il a jusqu’à présent toujours reculé, il a désormais fait le vide des personnes ‘mainstream’ qui l’entouraient et a gardé des conseillers aux vues plus extrêmes », décrypte Gregori Volokhine, qui évoque les tarifs douaniers, aux renégociations nucléaires avec l’Iran ou encore au possible blocage de deals symboliques comme AT&T et Time Warner.

De manière plus générale, le bénéfice des baisses d’impôts ne sera que passager, d’autant qu’elles prendront fin à partir de 2020, et les investisseurs commencent déjà à anticiper les conséquences négatives. Après de longs mois de hausse continue, les marchés habitués à la complaisance sont d’autant plus susceptibles de réagir avec excès à de mauvaises nouvelles. Dernier signal d’alarme : lorsque les particuliers, inquiets d’avoir raté le rallye, se ruent sur les actions, comme cela a été le cas la semaine dernière, lorsque les fonds equity ont reçu leur plus forte collecte historique, à 43,3 milliards de dollars…


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