Le plan rantanplan de Renault
Carlos Ghosn n'a ni convaincu ni séduit le marché avec son plan stratégique pour Renault. Un plan qui manque d'ambition, de souffle et de cohérence.
Comme d'habitude, c'est un vaste show à l'américaine que Carlos Ghosn - toujours très à l'aise à l'oral - a fait ce matin devant la presse mondiale, à l'occasion de la présentation des comptes du groupe pour 2010, et surtout de son plan stratégique pour les cinq prochaines années. Un plan où, comme c'est trop souvent le cas avec le président de Renault, la forme l'emporte largement sur le fond. Bilan de la journée : la capitalisation boursière du constructeur français a chuté de près de 500 millions d'euros en l'espace de quelques heures. Ce qui témoigne de la déception des analystes financiers et des investisseurs.
Pendant près de deux heures, le président de Renault et de Nissan a donc indiqué sa volonté d'atteindre le cap des 3 millions de véhicules vendus en 2013 (soit seulement 400.000 de plus qu'en 2010). Et cela grâce à la mise en place d'une gamme comprenant pas moins de 48 modèles à travers ses différentes marques (Renault, Dacia, Samsung). Si l'objectif manque d'ambition, c'est sans doute parce que lors de son précédent plan stratégique, Carlos Ghosn avait manqué le but qu'il s'était fixé à cause, il est vrai, des conséquences de la crise financière sur l'industrie automobile.
Deuxième objectif majeur pour les actionnaires : une marge opérationnnelle de 5 % dès 2013, alors que celle-ci s'est établie à 2,8 % en 2010. Cela signifie qu'en augmentant de 15 % seulement son volume de ventes, le groupe espère doubler sa rentabilité opérationnelle. Alors, bien sûr, il va poursuivre ses réductions de coûts comme le fait PSA et il va bénéficier d'un léger effet volume. Mais compte tenu de la faible image de marque de Renault comme de Dacia, il ne peut guère compter sur le principal levier de rentabilité qu'est l'élévation du mix-produit. Reste son joker, le véhicule électrique Zoe, devant lequel Carlos Ghosn a fait sa conférence ce matin. Comme il l'a lui même souligné, il s'est vendu 20.000 voitures électriques dans le monde, en 2010, pour un marché de 73 millions d'unités. Et le patron de Renault a confié qu'il espérait en vendre 100.000 en 2013. Sans dire comment et dans quelles conditions.
Si l'objectif de ventes a clairement déçu et si celui de la rentabilité n'a convaincu personne, en revanche le discours de Carlos Ghosn sur les pays émergents a été plus apprécié. "Renault fait du Brésil, de l'Inde et de la Russie ses trois priorités" a-t-il mentionné, avec des buts en termes de parts de marché, à savoir entre 5 et 6 %. C'est de ces pays-là que peut venir la croissance future de Renault, et surtout un meilleur équilibre géographique des ventes. Avec à la clé une moindre volatilité des résultats. Et peut-être une meilleure visibilité.
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17/09/2021 - 10:31

