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Brexit : comment le retail tente d'influencer les négociations
Il était temps ! A moins d'un mois du conseil européen destiné à trancher sur l'avancée des négociations sur le Brexit, le gouvernement de Theresa May a annoncé qu'un document complet d'une centaine de pages serait publié en amont de la rencontre, détaillant l'ensemble des positions du pays sur toutes les questions liées à sa sortie de l'UE. Le secrétaire d'Etat David Davis a ainsi affirmé hier que ce "white paper" dévoilerait notamment ce que le pays attend en termes de relations commerciales et de droits de douane. Sujet qui fait débat au sein du gouvernement et du Parlement depuis de nombreuses semaines, la Première ministre ayant affiché sa volonté de sortir de l'union douanière, contrairement à une majorité de députés qui souhaite en rester membre, une fois sortis de l'UE.
Les représentants de l'industrie du retail anglais font sans surprise partie du camp des défenseurs de l'union douanière, comme ils l'ont rappelé ce matin lors d'une conférence organisée à Londres par la chambre de commerce française en Grande-Bretagne. "Le secteur du commerce représente 9% des salariés du pays et 11% du PIB britannique", a ainsi rappelé Josh Hardie, deputy director general, Policy & Campaign de la Confederation of British Industry (CBI). Il est donc essentiel selon lui que les négociations permettent de maintenir des liens commerciaux les plus étroits possibles entre l'UE et la Grande-Bretagne, afin de préserver les intérêts d'une industrie vitale pour l'économie anglaise. La CEO du British Retail Consortim (BRC), Helen Dickinson, a de son côté rappelé que 20% des produits vendus en supermarché en Grande-Bretagne étaient importés d'UE. "Une hausse des tarifs douaniers aurait des répercussions énormes sur les consommateurs les moins aisés notamment", a affirmé la représentante du secteur.
L'industrie automobile serait également lourdement affectée en cas de rétablissement de tarifs douaniers, ont également affirmé les intervenants ce matin. Sachant que la production a déjà commencé à chuter en 2017 (70.000 véhicules de moins ont été produits dans le pays), tandis que les investissements sont passés de 2,5 milliards de livres à 700 millions en l'espace de deux ans, en raison des incertitudes liées à l'issue des négociations. Le rétablissement de droits de douane aurait un impact sur l'ensemble de la chaîne de production, puisque 30% des véhicules britanniques sont constitués d'éléments fabriqués dans le pays, le reste des pièces provenant des pays de l'UE et d'Asie. De nouveaux modes de distribution devraient par ailleurs être mis en place, ce qui accroîtra d'autant le prix des véhicules pour le consommateur final.
Autant d'enjeux pour le consommateur et les commerçants que le BRC et le CBI ont tenté de mettre en avant auprès du gouvernement britannique depuis de nombreux mois, afin de faire entendre leur voix dans les négociations. Le BRC a notamment plaidé pour que le gouvernement garantisse que la Grande-Bretagne continuera de bénéficier des mêmes tarifs douaniers négociés entre l'UE et les pays tiers lors de la période de transition. "Ces accords bilatéraux permettent aux détaillants d'obtenir des produits à des tarifs préférentiels et il est essentiel qu'ils soient maintenus afin que le consommateur britannique ne soit pas mis de côté", a ainsi affirmé Helen Dickinson. Autre enjeu selon Josh Hardie : faire en sorte de simplifier le langage utilisé lors des négociations, afin que les citoyens se sentent impliqués et puissent faire entendre leurs voix. "Il faudrait utiliser le vocabulaire du commerce lorsque l'on parle du Brexit", a ainsi affirmé le deputy director general du CBI, estimant que cela permettrait de rendre les enjeux du Brexit beaucoup plus clairs.
Selon lui, la seule option possible pour son pays est de rester dans l'union douanière, ce qui réglerait du même coup le problème de la frontière irlandaise. "Les options proposées par le gouvernement au sujet des droits de douane sont de fausses propositions ; on ne peut pas espérer accroître notre volume d'échanges avec le reste du monde en rétablissent des droits de douane, qui vont nuire au commerce et faire diminuer l'emploi", a ainsi affirmé le représentant des entreprises du pays. Il ne reste qu'à espérer que le document officiel qui sera publié par Downing Street dans quelques semaines soit aussi pragmatique et réaliste que les représentants de l'industrie du retail britannique.
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