Natixis reprend ses cours d’économie aux candidats à la présidentielle
Après avoir souligné l’incompatibilité des programmes avec la réalité économique du pays et l’inexistence d’une politique d’austérité à remettre en cause, Natixis pointe cette fois du doigt les candidats qui souhaitent s'attaquer à l’euro et qui cherchent à monétiser la dette. Une fois encore, les arguments soulevés par Patrick Artus, économiste chez Natixis, démontent un à un ces velléités. Selon lui, la politique menée par la BCE depuis 2014 a permis une dépréciation forte de l’euro et un financement monétaire « de fait » des déficits publics français. « Quel est alors l’intérêt de prendre énormément de risques en sortant de l’euro et en cassant le cadre institutionnel présent de la politique monétaire pour parvenir au même résultat qu’en étant dans la zone euro ? » s’interroge Patrick Artus.
Ainsi, les politiques seraient prêts à demander une politique monétaire plus « radicale » avec la sortie de l’euro et par conséquent une possible dévaluation, accompagnée par une politique bienveillante de la part de la Banque de France en assurant un financement permanent à 0% des déficits publics. Or, de telles politiques apparaissent dangereuses pour Natixis. D’une part concernant les dettes, qu’elles soient publiques ou privées. Elles sont en effet libellées en euros et une dépréciation de la devise entraînerait de fait une augmentation de la charge de la dette. Par conséquent, le nombre de défauts de paiement des emprunteurs exploserait, si ceux-ci sont contraints à une conversion forcée en francs. Par ailleurs, en taux de change flexible, les taux d’intérêt de la France seraient beaucoup plus élevés, si on compare à l’historique en France. Enfin, l’expansion continue du bilan de la Banque de France pourrait entraîner une « fuite devant la monnaie ». Autrement dit, les acteurs de l’économie seraient tentés de se débarrasser de la monnaie, ce qui déboucherait sur une inflation ou un effondrement du taux de change.
« Mais le plus bizarre est que ces évolutions soient demandées alors que la BCE a déjà, depuis 2014, fourni à peu près ces mêmes politiques », estime Patrick Artus. En effet, avec la mise en place du Quantitative Easing depuis 3 ans, l’euro s’est déjà fortement déprécié, « ce qui est favorable à la France dont 56% des exportations partent en dehors de la zone euro » souligne Natixis, qui note que les exportations ont été poussées à la hausse depuis cette date.
Enfin, la BCE a acheté depuis 2015 une quantité importante de dette publique de la France. Et si on compare les achats de la BCE et le déficit public de la France, on constate que la BCE a acheté le double des émissions nettes du Trésor français. « Il faut rappeler que les Banques Centrales (ici la Banque de France) reversent aux Etats leurs profits : lorsque la Banque de France achète la dette de l’Etat français, les intérêts reçus sur cette dette sont reversés à l’Etat, et cette dette est donc totalement monétisée : elle est remplacée par de la monnaie au coût de 0% pour l’Etat français » explique ainsi Patrick Artus. Et de conclure que ce que demandent certains candidats à l’élection présidentielle, a déjà été mis en place par la BCE, donc il n'y a aucune raison de mettre en danger les fondamentaux de l’économie française.
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