BCE : à quand la sortie des mesures exceptionnelles?
Le bilan de la banque centrale a triplé depuis 2007. Mais malgré les critiques de la BuBa, les membres de la BCE ont tout intérêt à patienter avant de mettre fin à cette politique expansionniste.
Depuis qu'il a quitté le directoire de la Banque centrale européenne en septembre 2011 en raison de son opposition aux rachats de titres souverains, Jürgen Stark ne se prive pas de tirer à boulets rouges sur la politique de l'institution. Dans une interview au Handelsblatt, l'ancien chef économiste de la BCE s'inquiète des conditions de la politique monétaire actuelle, qui sont selon lui "plus accommodantes qu'au sommet de la crise Lehman". Il critique au passage le triplement du bilan de la banque depuis 2007, "qui représente aujourd'hui quelque 30% du PIB de la zone euro". Selon lui, ce décuplement de moyens entraînera nécessairement une hausse des prix à moyen terme.
Ses propos interviennent à un moment où plusieurs membres du directoire se sont eux-mêmes prononcés sur les opérations de refinancement de la BCE et l'avenir de sa politique monétaire dans les prochains mois. Selon Benoit Coeuré, tout récemment arrivé à la BCE, les deux LTRO sont des instruments utiles pour contrer les risques sur les marchés européens, mais ils semblent désormais derrière nous. Quant à Jörg Asmussen, autre membre du directoire, il considère que ces opérations ne menacent pas le mandat de maintien de la stabilité des prix de la BCE, mais qu'il ne faudrait pas pour autant s'attendre à une nouvelle injection de ce type.
Dans ces conditions, après l'injection massive de liquidités dans le système bancaire, quelles seront les mesures de sortie de cette situation exceptionnelle et quand auront-elles lieu ? "Nous estimons que la BCE va maintenir le statu quo au moins jusqu'à fin 2013", explique Clemente de Lucia, analyste chez BNP Paribas. C'est-à-dire qu'elle ne devrait pas relever les taux, ni mettre en place de nouvelles opérations exceptionnelles de type LTRO. Car les membres du directoire ont encore besoin de temps pour évaluer les effets des deux LTRO et analyser si elles ont effectivement permis d'améliorer les conditions de crédit. Le blocage du marché interbancaire est visiblement réglé, mais les chiffres n'ont pas encore permis de démontrer si l'excédent de liquidités avait eu un impact sur l'économie réelle. "La reprise des emprunts et de la consommation des ménages dépendront aussi de la demande, et donc de l'action des gouvernements pour soutenir la croissance", poursuit l'analyste.
La normalisation de la politique monétaire de la BCE devrait se faire progressivement et de façon "naturelle", selon les économistes. En somme, une fois que les conditions sur le marché monétaire seront normalisées et qu'il sera plus avantageux de se refinancer sur ce marché plutôt qu'auprès de la BCE, les banques se retireront progressivement. Mais la banque de Francfort ne devrait pas intervenir dans l'immédiat pour accélérer ce retour à la normale, alors qu'elle vient tout juste de lancer la deuxième LTRO et qu'elle a donné trois ans aux banques pour se ressaisir.
Si toutefois la reprise était plus rapide que prévu ou au contraire qu'un nouveau choc européen devait intervenir, une hausse ou baisse des taux directeurs ne serait pas exclue. C'est d'ailleurs sur ce tableau des mesures conventionnelles que la BCE choisirait d'intervenir plutôt que via d'autres LTRO. Elle risquerait sinon de donner raison aux critiques de Jürgen Stark.
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17/09/2021 - 10:31

