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Vinci : la Place de Paris se mobilise pour éviter de nouvelles manipulations

L'AMF annonce qu'elle lance une enquête pour savoir qui aurait pu profiter de cette fraude. Elle va aussi travailler avec l'ensemble des parties concernées afin de limiter à l'avenir ce type de risque. Certains experts commencent déjà à tirer des leçons.
Xavier Huillard - Vinci
Xavier Huillard - Vinci

Ce qui fait froid dans le dos, dans cette affaire, c'est que cette manipulation peut arriver à tout le monde. Et qu'il suffit de s'y connaître un tantinet en informatique pour faire partir en fumée plusieurs milliards d'euros de capitalisation boursière en l'espace de quelques minutes ou au contraire faire grimper en flèche un cours sur la foi de fausses informations. Car selon plusieurs experts, le faux communiqué émanant soi-disant de Vinci hier n'est qu'une fraude très facile à reproduire car reposant sur la publication de fausses informations sur un site miroir. L'AMF a bien compris l'ampleur du problème qui annonce dès ce mercredi son intention de mener des investigations : "L'Autorité des marchés financiers considère qu'il s'agit d'un grave dysfonctionnement du marché dont elle va s'attacher à déterminer toutes les responsabilités. Il s'agit de diffusion de fausses informations qui conduisent à mener des investigations et à vérifier qui pourrait en avoir tiré profit via une possible manipulation de cours. Par ailleurs, l'AMF va travailler avec l'ensemble des parties concernées afin de limiter à l'avenir ce type de risque et son impact sur les marchés financiers".

Comment imaginer, dès lors, une parade à ce type de fraude ? Les experts commencent déjà à échafauder des scénarios possibles. Selon François Nogaret, Associé chez Mazars, cette attaque appelle d'ores et déjà trois commentaires. "Le premier est que ce procédé est assez nouveau et constitue une variante de la « fraude au Président » à l’envers : le hacker ne s’est pas introduit dans l’entreprise pour se faire passer pour un dirigeant, mais s’est fait passer pour l’entreprise, auprès des médias. Le moyen utilisé est donc une variante d’un procédé bien connu. Mais assez peu fréquent jusqu’alors. Le deuxième est que cette forme d’attaque doit attirer l’attention sur un fait : la sécurité liée à une information financière publiée est primordiale. Les sites qui fournissent ce type d’informations sont parfois les parents pauvres de la protection cyber, parce qu’ils n’hébergent pas de transactions commerciales, ou ne voient pas transiter de fonds. Or, communiquer une information falsifiée au marché peut être tout aussi préoccupant que faire l’objet d’un détournement de fonds. Cet épisode en est la preuve. Le troisième est qu’on est jamais trop prudent ; l’adresse e-mail qui figurait sur les e-mails transmis ne reflétait pas la syntaxe des adresses du mail du Groupe Vinci qui revêtent la forme xxx@vinci.com : « vinci.group », puis « vinci-group.com » dans les 2 faux mails. Ces 2 anomalies auraient dû alerter l’attention du lecteur ! L’attaque en question ne constitue pas au final une « cyber attaque » au sens habituel du terme, dans la mesure où elle n’a fait appel à aucun procédé technique complexe ou particulier. Il s’est simplement agi d’une manipulation frauduleuse plus classique que cyber".

En attendant, Vinci a perdu 6 milliards d'euros en l'espace de quelques minutes avant qu'un faux démenti ne paraisse -ajoutant à la confusion- avant la parution du vrai.... Le géant du BTP n'est, certes, pas le premier à pâtir de telles manipulations. En juin 2015, la SEC américaine a ainsi entamé des poursuites pour manipulation de cours après l'annonce par de mystérieuses sociétés d'offres d'achat sur le groupe de cosmétique Avon Products et de deux autres entreprises cotées. En janvier 2013, le groupe de charbon australien Whitehaven Coal avait vu provisoirement chuter son cours de Bourse après l'envoi, par des militants opposés à l'exploitation du charbon, d'un faux communiqué de presse mettant en question la rentabilité de l'un de ses principaux sites miniers. Le groupe français a l'intention de porter plainte.

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