Gowex: le mirage espagnol
« Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ». S’il a lu Candide, voilà sans doute une pensée qui effleurait encore lundi dernier l’esprit de Jenaro Garcia, PDG de Gowex. Et comme dans le conte, la désillusion est terrible. Voyant les performances de son groupe mises en cause par le fonds d’investissement Gotham City Research puis attaqué en justice par l’association d’investisseurs Asinver, il a craqué. Le voilà qui annonce sa démission devant son conseil d’administration, seulement quatre jours après la publication du rapport par le fonds d’investissement.
Jusque-là, le groupe vivait pourtant une véritable « success-story ». Suite à la création de l’entreprise en 1999, Jenaro Garcia murit le projet de lancer « un internet accessible à tous, n’importe où, et gratuit». Les débuts sont calmes. Mais à partir de 2007, tout s’accélère. Le lancement de l’iphone révolutionne le secteur de l’internet. En plein essor, le groupe est introduit en Bourse en 2010, et son cours progresse de 500% en quatre ans! Plus fort encore : les bénéfices sont multipliés par dix entre 2009 et 2013, passant de 2,9 à 29 millions d’euros. Gowex devient alors une véritable vitrine de l’entrepreneuriat espagnol en devenant le fournisseur de 80 villes parmi lesquelles New York, Paris, Madrid, Dubaï ou San Francisco!
Une réussite qui avait de quoi interpeler. Et qui a provoqué du même coup le lancement d’une enquête de huit mois de la part de Gotham City Research. La conclusion de l’enquête est sans appel : la société espagnole est une coquille vide, dont le succès repose sur des mensonges. Elle ment, par exemple, lorsqu’elle prétend recevoir 7,5 millions d’euros de la ville de New York, alors qu’elle en perçoit en réalité moins de deux cent mille. Au total, ce sont « 90% des revenus annoncés par Gowex [qui] n’existent pas », la firme étant sa propre cliente à hauteur de cette proportion. Pas étonnant dans ces conditions que les dépenses d’audit aient été minimes (0,04% en 2013 contre 0,87% pour la moyenne du secteur). Ce qui amène Gotham à faire éclater la bombe : « Les actions de Gowex valent zéro euro. »
Après le naufrage, place aux explications. Jenaro Garcia, qui assume l’entière responsabilité de la faute, a présenté un dépôt de bilan volontaire, afin de « préserver au mieux les intérêts de son entreprise ». Pas sûr que cela suffise à sauver la réputation de l’ex-fleuron technologique : la ville de Madrid a déjà annoncé qu’elle suspendait son contrat et risque fortement d’être la première d’une longue série… La chute est vertigineuse pour Jenaro Garcia, qui était considéré comme un modèle d’entrepreneur dans son pays. Il aura sans doute oublié de « cultiver son jardin ».
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