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La double claque du G7

Non seulement le G7 de vendredi et samedi au Canada n'a servi à rien, mais son maigre communiqué final a été torpillé par Trump. Pendant ce temps-là l'Organisation de coopération de Shanghai réunissait 12 pays représentant 42 % de la population mondiale.
Donald Trump
Donald Trump

Elles sont déjà loin les belles photos de Justin Trudeau, l'hôte du G7, et d'Emmanuel Macron, vendredi matin, vantant les mérites du libre-échange et menaçant Donald Trump de le placer aux marges du monde libre s'il venait à rompre les règles de réciprocité du commerce mondial prévu par l'OMC. Non seulement la réunion du G7 a été une discussion de sourds qui a donné lieu à un échange de noms d'oiseaux entre les chefs d'Etat du Canada et des Etats-Unis. Non seulement Emmanuel Macron n'a pas pu faire entendre la voix de la France, un mois à peine après sa fastueuse visite d'Etat à Washington. Mais en plus, ce n'est qu'Angela Merkel, qui au dernier moment, a tenté de recoller les morceaux en obtenant la rédaction d'un communiqué final totalement laconique, puisque personne n'était d'accord sur rien.

Et patatras, à peine remonté dans son avion Air Force One, Donald Trump a indiqué qu'il retirait sa signature de ce communiqué comme pour montrer que ce G7 ne servait à rien. Cela en dit long, bien sûr, sur la violence de la guerre commerciale que le Président américain a décidé de livrer. Il a d'ailleurs, dès ce week-end, intégré les voitures européennes dans les produits impactés par les nouvelles taxes. Mais surtout cela montre à quel point le multilatéralisme est désormais un vain mot pour les Etats-Unis. Parler avec ses homologues n'a aucun intérêt pour le locataire de la Maison Blanche. Même s'il rappelle régulièrement l'Allemagne à l'ordre sur sa faible contribution au budget de l'Otan. Il est loin (2001) le temps où George Bush négociait en quelques jours l'adhésion, sans doute un peu précipitée, de la Chine à l'OMC en échange de sa neutralité sur les frappes américaines en Afghanistan après l'horrible attentat du 11 septembre.

Mais l'autre claque de ce G7 a été donnée par les "démocratures" d'Asie qui se sont réunies comme chaque année dans le cadre de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) au milieu de la grande ville côtière chinoise de Qingdao. Avec la Chine et l'Inde comme membres permanents, le poids démographique de l'OCS est phénoménal. En ajoutant les six autres membres permanents de l'organisation, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan, l'Ouzbékistan et le Pakistan, elle rassemble plus de 3 milliards d'habitants. Et si l'on prend en compte les 125 millions d'habitants des quatre Etats disposant du statut d'observateur, l'Iran, l'Afghanistan, la Mongolie et la Biélorussie, l'OCS compte 3,2 milliards d'habitants, soit plus de 42% de la population mondiale. Un constat similaire s'impose quant à la superficie globale de l'organisation, qui regroupe quatre des 10 plus grands pays du monde. S'étendant sur plus de 60% du territoire eurasiatique, l'OCS est en terme de superficie la plus vaste organisation au monde.

Par ailleurs, selon les données publiées par le FMI en 2017, les pays de l'OCS, membres observateurs compris, cumulent un PIB à parité de pouvoir d'achat de plus de 37.200 milliards de dollars. Un chiffre qui doit notamment à la puissance de la Chine qui domine ce classement mondial avec 20.122 milliards de dollars, mais aussi de l'Inde (9.446 milliards) qui est en troisième position, et de la Russie (4 000 milliards) sixième. A titre de comparaison, l'Union européenne et les Etats-Unis cumulent à eux deux un PIB à parité de pouvoir d'achat d'un peu plus de 40.000 milliards de dollars, selon le FMI. Une puissance économique qui s'explique en partie par les importantes ressources énergétiques dont disposent les membres de l'OCS. En incluant l'Iran, ces derniers produisent en effet plus de 1.015 millions de tonnes de pétrole par an, selon les données d'une étude de BP réalisée en 2016. Certes, loin des 1.806 millions de tonnes de l'OPEP, mais à peu près autant que les pays de l'OCDE (1.087 millions de tonnes).

Et à la différence du G7, les participants ne se sont pas envoyés les assiettes à la figure. Au contraire : le Président chinois Xi Jinping a loué l'expansion du bloc asiatique et affiché son unité avec son homologue russe, Vladimir Poutine. S'exprimant quelques heures après le coup d'éclat de Donald Trump au G7, Xi Jinping a dénoncé dimanche les politiques commerciales « égoïstes, à courte vue et d'isolement ». Avant d'ajouter : « Nous devons rejeter la mentalité de guerre froide et de confrontation entre les blocs, et nous opposer à la recherche effrénée de sécurité pour soi-même aux dépens des autres ». S'érigeant une nouvelle fois en défenseur « d'une économie mondiale ouverte », l'homme fort de Pékin a martelé que les membres de l'OCS acceptaient les règles de l'OMC, et promis, devant le Président iranien Hassan Rohani présent comme observateur, de sauver l'accord nucléaire iranien dénoncé par le Président américain. C'est dire si le contraste était saisissant entre le clan des démocraties et celui des "démocratures", quoiqu'on puisse penser de celles-ci.

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