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La linguistique sauvera-t-elle la spéculation ?

Les positions massives prises par un trader de JPMorgan sur les CDS ont relancé le débat sur la Volcker Rule. Les régulateurs planchent pour déterminer si ce type d'activité sera banni dès juillet.
L'histoire se répète. A chaque fois qu'une affaire vient ébranler la crédibilité du secteur bancaire, les normes prudentielles reviennent au coeur du débat. Cette fois-ci, l'acteur principal du feuilleton est Bruno Iksil, trader français de son état, spécialisé dans le marché des Credit Default Swaps (CDS) chez JPMorgan, dont les positions relancent la question de l'interdiction du trading pour compte propre. Le banquier serait intervenu massivement, avec l'accord de sa hiérarchie, sur le Markit CDX North America Grade. En un an, la position nette sur l'indice, basé sur les CDS de grandes entreprises notées investment grade, serait passée de 65 milliards à 145 milliards de dollars fin mars, selon la chambre de compensation DTCC. Cette position dominante -susceptible d'influencer le marché dans un sens comme dans l'autre- est fermement dénoncée par les hedge funds, qui eux parient sur un écartement des spreads. De son côté, JPMorgan affirme que la banque ne spécule pas avec ces instruments de protection. Un débat houleux, qui devrait être tranché par la Volcker Rule. Cette dernière, qui entrera en vigueur dès juillet, a pour dessein de réduire les risques systémiques. Les cinq régulateurs en charge de la réforme tentent actuellement d'en préciser les contours. Mais une pomme de discorde subsiste : la définition du trading pour compte propre. Pourtant sur le papier, tout le monde semble d'accord. Il faut interdire les activités pour compte propre "pur", comme l'a rappelé le patron de JPMorgan, Jamie Dimon, dans une lettre de 38 pages adressée la semaine dernière aux actionnaires de la banque. L'homme a aussi assuré que le market-making, qui sera exempté, ne mettra pas en péril l'industrie. Mais le diable est dans les détails. Est-ce que les activités, comme celle de Bruno Iksil, seront désormais limitées ? Rien n'est moins sûr. Car le marché de CDS se fait à la direction de la banque d'investissement de JPMorgan, où les échanges ont pour but d'équilibrer les actifs et les passifs de la banque et de couvrir les risques. Ainsi, quand l'institution considère que les taux d'intérêt vont augmenter, elle échange de manière à compenser d'éventuels effets nocifs. Or, sous la Volcker Rule, certains modèles de gestion d'actif-passif pourraient être autorisés. Ce n'est pas tout. Les positions du trader se sont inscrites dans une logique de long terme, ce qui est un argument supplémentaire pour faire valoir l'exemption. Et cette dispense, les banques y travaillent avec acharnement, en envoyant par exemple régulièrement leurs commentaires aux régulateurs. S'ils arrivent à prouver qu'ils sont dans une logique de couverture ou de contrebalancement, les établissements ont de fortes chances d'arriver à obtenir gain de cause. Du coup, les prises de position sur le crédit, sous la Volcker Rule, pourraient être considérées comme une couverture. Néanmoins, si celle-ci apparait comme haussière, comme cela est le cas dans l'affaire JPMorgan, la banque devra prouver que le marché tendait à baisser pour justifier sa position. Car, normalement, une banque doit utiliser des bearish swaps -et pas des bullish, comme le trader l'a fait- pour se couvrir contre des pertes potentielles dans ses prêts et ses engagements.
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