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L'appel courageux de Philippe Varin

Le président du directoire de PSA Peugeot Citroën appelle à un choc de compétitivité de 5 à 10 % et démontre qu'il y a bien un problème de coût du travail, contrairement à ce qu'assure François Hollande.
Il faut lire et relire l'interview donnée ce matin par Philippe Varin au quotidien Les Echos. D'abord parce qu'il s'agit des propos responsables d'un patron qui s'apprête à fermer une usine et à ajuster ses effectifs à hauteur de 8.000 emplois sans que l'Etat ne s'y oppose vraiment. Face aux lazzis présidentiels du début de l'été, à la nomination d'un expert et aux effets de manche du ministre du Redressement Productif, le patron de Peugeot a tenu bon et il fermera bien une usine en France. Ce qui n'a pas été fait dans le secteur automobile depuis Billancourt. Par lâcheté des politiques et par pusillanimité des industriels. Mais le plus intéressant dans cette interview concerne la compétitivité et le coût du travail. Alors qu'il y a une semaine, François Hollande, lors de la remise du prix de l'audace créatrice à l'Elysée, affirmait avec la plus grande certitude : "notre coût du travail n'est pas en moyenne plus élevé que celui de notre voisin allemand. Mais il s'est incontestablement rapproché du coût de la main d'oeuvre en Allemagne, et dans certains secteurs, comme pour certaines qualifications, la preuve est faite. Tout ne se réduit pas au coût du travail." Philippe Varin lui sort ses chiffres et explique que "quand on compare notre compétitivité à d'autres pays, la France est en ligne avec son voisin allemand sur les bas salaires mais cela s'arrête à 1,6 fois le smic. Autrement dit, là où commencent précisément les emplois industriels." Car François Hollande considère le coût du travail comme une moyenne abstraite et confond le coût des services à domicile qui sont bas, mais qui ne sont pas délocalisables, et ceux des emplois dans l'industrie qui correspondent à du travail qualifié et qui sont par nature élevés, puisqu'ils comportent au moins 42 à 45 % de charges sociales. Nier le problème du coût du travail n'est donc pas seulement une erreur économique. C'est une faute politique qui consiste à considérer l'industrie comme un simple faire-valoir, comme une nécessité géographique, comme Nicolas Sarkozy aimait parler des "usines qui fument" L'industrie, c'est bien plus que cela. Ce sont des emplois qualifiés. C'est de l'innovation, de la recherche et du développement. Donc des laboratoires pour l'avenir. Inventer la voiture qui consommera du 2 litres aux 100 kilomètres ne peut pas être le travail d'emplois d'avenir payés comme des jardiniers municipaux. C'est ce que l'Allemagne n'a jamais oublié. Pas même la Grande-Bretagne, où la valeur ajoutée produite par l'industrie représente 25 % du produit intérieur brut contre 15 % désormais en France. Réclamer "un choc de compétivité" comme le font bien d'autres industriels, avec à la clé le transfert d'une partie des charges sociales sur une TVA ou une CSG quelconque, n'est donc pas une manière de mettre l'Etat face à ses responsabilités. Il faudra aussi d'une manière ou d'une autre expliquer aux français que les 35 heures payées 39, c'est désormais terminé, et qu'il faut revenir à la situation antérieure avec 39 heures payées 39. Mais quel homme ou quelle femme politique est désormais prêt à parler un tel langage de vérité? Il est tellement plus facile de jeter des larmes de crocodile sur les plans sociaux ou sur la fermeture des hauts fourneaux.
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