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Pourquoi l'OAT résiste
Alors que le manque d'ambition dans les réformes du gouvernement français faisait craindre un début d'année mouvementé pour la dette de l'Hexagone, le rendement des OAT a finalement connu un fort mouvement de recul depuis janvier. Ainsi, les titres du pays sont passés de 2,57% il y a un mois à 2,23% aujourd'hui, soit une baisse de plus de 30 points de base. Mais la France n'est pas un cas isolé et bénéficie plutôt d'un mouvement généralisé de recul des taux souverains plutôt que d'un véritable attrait pour sa dette. Le Bund est lui passé de 1,90% à 1,65% tandis que les US Treasuries reculaient de 29 points de base à 2,66%.
La baisse des rendements s'est expliquée, dans un premier temps, par un simple mouvement de correction puisque les titres souverains avaient connu quelques tensions en fin d'année 2013, en raison de rééquilibrages annuels de portefeuille. Puis la baisse s'est poursuivie soutenue par la publication de chiffres de l'emploi américain plus décevants que prévu, et qui ont laissé penser que la politique de sortie de QE de la Fed resterait très modérée. "Toutes les grandes banques centrales communiquent sur l'idée que les politiques monétaires resteront durablement très accommodantes. Le 'taper' n'empêche pas le bilan de la Fed d'augmenter, et la banque centrale répète à l'envi qu'une hausse des taux n'est toujours pas dans le radar", explique René Defossez, analyste chez Natixis.
Enfin, le désamour des investisseurs depuis deux semaines vis-à-vis des marchés émergents a pleinement profité aux souverains et permis la poursuite de la baisse des taux. "Les pays core ont bénéficié d'un mouvement de 'flight to quality' au détriment des émergents mais également des commodities et des actions", explique Patrick Jacq, stratégiste chez BNP Paribas. Les émergents subissent de plein fouet le tapering de la Fed et souffrent davantage que les marchés matures en raison de déséquilibres structurels encore importants.
Les analystes soulignent cependant un changement majeur dans ce mouvement de baisse des taux par rapport aux précédentes périodes de reflux vers les souverains. Alors qu'en 2010 et 2011, seuls les pays core de l'Europe et les Etats-Unis en profitaient, cette fois-ci les périphériques sont également concernés et résistent plutôt bien. Ainsi les titres portugais se traitent actuellement à un rendement de 5,01% contre 6,13% début janvier, tandis que les taux des obligations espagnoles se sont resserrés de 14 points de base en un mois, à 3,64%. "Désormais, les investisseurs procèdent davantage à un arbitrage par classe d'actifs type, vente des actions, de commodities ou de devises qu'à un arbitrage l'intérieur des dettes souveraines", explique Patrick Jacq.
La baisse des taux entamée depuis un mois devrait-elle se poursuivre ? Pas forcément, estiment les analystes, puisque les niveaux de valorisation actuels sont déjà très bas. Il serait surprenant qu'ils baissent encore et retrouvent les niveaux de période de crise de la dette en Europe, alors que la plupart des indicateurs annoncent une reprise. En même temps, la faiblesse de l'inflation devrait empêcher une très forte hausse des taux. Ils devraient donc se stabiliser aux niveaux actuels en attendant la publication d'indicateurs qui confirment le rebond attendu.
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