Entreprises / Actions / Actualité des sociétés
Entreprises / Actions
Actualité des sociétés
L’IPO de la filiale belge d’EDF provoque un clash avec les minoritaires
L’annonce faite par EDF mercredi soir, au début du WE de l’Ascension, aurait pu passer inaperçue. Le groupe d’électricité a annoncé le projet d’introduction en Bourse de sa filiale belge, EDF Luminus, d’ici à la fin de l’année. Mais si sa maison-mère détient 63,5% du capital et a la majorité au conseil d’administration de sa filiale, la décision a été prise malgré l’opposition des administrateurs représentants des actionnaires historiques belges, à 36,5% des parts (Publilec, Publilum, Socofe, VEH, Nethys et Ethias) et qui donnent de la voix.
Ces derniers considèrent que l’entrée en Bourse est contraire au pacte d’actionnaires et veulent amener le dossier devant les tribunaux. Ils estiment qu’étant donné les vents contraires à l’œuvre dans le secteur de l’énergie à l’heure actuelle, une IPO ne sera favorable ni à ses actionnaires ni à la société elle-même. Pourtant, ce sont eux qui ont réclamé la liquidité de leurs titres, prévue dans les termes de leur pacte d’actionnaires signé en 2010. Selon la presse belge, ces derniers espéraient inciter EDF à leur racheter leurs parts, dont le prix serait estimé à 75% par la dernière transaction en date en 2010, où leurs parts valaient 628 millions d’euros, et à 25% par sa valeur de marché. Des conditions plus favorables que lors de la prochaine période de liquidité en 2018, où la valorisation ne sera alors déterminée qu’à 25% sur le prix historique de 2010.
Mais EDF a choisi la voie de l’IPO, ce qui lui permet de ne pas débourser le prix actuel d’environ 539 millions d’euros pour racheter ses minoritaires belges. Un mauvais scénario pour ses détracteurs, qui estiment que l’introduction en Bourse se fera à un moment particulièrement défavorable pour la société et son secteur en Europe. EDF Luminus est le deuxième acteur du marché belge de l’énergie, dispose de près de 10 % de la capacité de production au niveau national et fournit 1,7 million de clients particuliers et professionnels. Mais son chiffre d’affaires a reflué à 3,2 milliards d’euros l’an passé, pour un bénéfice net de seulement 10 millions d’euros.
Le groupe a gardé une part de marché stable d’environ 20 % mais pâtit d’un marché difficile, marqué par un "niveau d’attrition relativement élevé" et le recul des prix de vente. Sa maison-mère a ainsi dû passer 586 millions d’euros de pertes de valeur sur la Belgique en 2014, soit la moitié de l’ensemble de ses dépréciations de l’année, en raison "de la dégradation des hypothèses de prix de marché à long terme". EDF Luminus a également dû arrêter l’exploitation de deux centrales nucléaires depuis mars 2014 pour un programme de tests des cuves, et ne les relancera pas avant le 1er juillet 2015, si l’agence fédérale de contrôle nucléaire donne son feu vert.
Des conditions qui ne sont pas de très bon augure pour la mise en Bourse d’EDF Luminus, d’autant que la situation actuelle n'est pas au beau fixe sur les marchés. Labco a ainsi dû renoncer à son IPO en France mercredi, après deux autres entrées difficiles en Europe ces derniers jours. Mais l'opération n'est pas non plus une actualité à court terme et d'ici là, le projet devrait être âprement combattu par les remuants minoritaires d'EDF.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

