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Rapprochement des bourses : la concurrence en question

Tout comme le rapprochement de NYSE Euronext et Deutsche Börse, la contre-offre de Nasdaq OMX et ICE soulève des questions de concurrence.
Les autorités de concurrence vont jouer un rôle de premier plan dans la réorganisation des marchés financiers internationaux. Que Deutsche Börse s'accorde avec NYSE Euronext ou que Nasdaq OMX réussisse la contre-offre qu'il a lancée avec ICE sur la bourse transatlantique, les régulateurs devront décider si la fusion des opérateurs ne nuit pas à la concurrence. Pour remporter leur bras de fer contre la bourse de Francfort, les patrons de Nasdaq OMX et ICE jouent la carte de la concurrence. "L'idée qui sous-tend le projet de Deutsche Börse et de NYSE Euronext est de [...] se développer dans la cotation de produits dérivés pour tenter d'y créer un monopole en Europe", affirment Bob Greifeld et Jeff Sprecher dans une interview au Figaro ce matin. Et d'expliquer qu'au contraire ils souhaitent scinder NYSE Euronext : les activités actions iront à Nasdaq OMX tandis que les activités de dérivés tomberont dans l'escarcelle d'ICE. Cependant, le rapprochement de la bourse transatlantique avec Nasdaq OMX pourrait déboucher sur un monopole en matière d'introductions en bourse. Le NYSE et le Nasdaq sont les deux seuls acteurs sur cette activité, même si BATS Global Markets ambitionne de s'y lancer. "Ce n'est pas une menace pour la concurrence aux Etats-Unis", défend Bob Griefeld. Les autorités de concurrence ne sont là que pour surveiller toute tentative d'augmentation des prix, souligne-t-il. Pour autant, des spécialistes de la concurrence soulignent que ce rapprochement pourrait faire tiquer le Department of Justice, s'il base son analyse d'impact sur le marché américain. Auquel cas, les patrons de Nasdaq et ICE pourront rétorquer que la marché des introductions est mondial. Mais le futur groupe aurait aussi une place importante sur le marché du trading actions aux Etats-Unis. NYSE y a une part de marché de 28% et le Nasdaq de 22%, selon le broker Sandler O'Neill Partners, cité par le Wall Street Journal. Côté européen, Deutsche Börse et NYSE Euronext auront aussi du mal à convaincre les autorités de la concurrence. Premièrement, leur rapprochement pourrait déboucher sur une position dominante dans l'activité de listings. Cette objection pourrait être facilement levée car les services de listings sont toujours des marchés nationaux, écrit Diego Valiante, chercheur au Centre de recherche européen CEPS. La position du groupe est plus problématique en matière de dérivés, car 98% des dérivés listés le sont sur Liffe (NYSE Euronext) et Eurex (Deutsche Börse). La bourse transatlantique et celle de Francfort pourront cependant avancer qu'elles sont en concurrence avec le marché OTC, ou que les activités de dérivés de taux de Liffe et Eurex ne sont pas substituables. Enfin, les régulateurs pourraient s'inquiéter du manque de concurrence sur les activités de post-marché (compensation, règlement-livraison). Deutsche Börse les a internalisées et c'est ce modèle "en silo" qui pourrait s'imposer et froisser la Commission. Avant de donner son feu vert à l'opération, elle pourrait obliger le groupe à ouvrir ses activités de post-marché aux autres acteurs.
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