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Schizophrénie grecque

Les citoyens grecs souhaitent rester dans la zone euro mais refusent l'austérité. Une telle formule n'est pas envisageable et les dirigeants de l'ensemble de la zone l'ont exprimé haut et fort.
Il y a six mois encore, l'éventualité d'une sortie de la Grèce de la zone euro était, selon l'ensemble des dirigeants, hors de propos. Motif : une telle option n'était pas prévue dans les textes fondateurs de la monnaie unique. A l'époque, l'argument juridique avait permis de rassurer les investisseurs, alors que les banques étaient encore très exposées au pays et que les risques de contagion étaient immenses. Depuis, les institutions financières ont pris leurs dispositions en provisionnant leurs titres de dettes souveraines. Selon l'ACP, les banques françaises l'ont fait à hauteur de 75%. Et l'UE dispose désormais d'instruments de crise plus crédibles pour lutter contre le risque de propagation, avec un fonds permanent et un traité budgétaire. Ce qui explique sans doute le changement de ton chez les responsables européens ; depuis une semaine, chefs d'Etat et dirigeants européens se relaient pour évoquer la sortie de la Grèce de la monnaie unique. Derniers en date: deux membres de la BCE, Luc Coene et Jens Weidman, respectivement présidents des banques centrales belges et allemandes, qui ont ouvertement parlé du sujet, tandis que le ministre des Finances allemand mettait en garde Athènes cet après-midi sur le coût d'une telle option. "Ce type de propos permet à la fois de faire pression sur les dirigeants grecs, pour leur signifier qu'ils ne pourront pas rester dans la zone euro sans respecter les mesures d'austérité. Mais il est également destiné à rassurer les investisseurs sur le sort du reste de l'Europe, au cas où la Grèce décidait de prendre la porte", explique Thibault Mercier, analyste chez BNP Paribas. Le ton est donné donc, l'UE ne chassera pas la Grèce de l'euro mais si celle-ci ne tient pas ses promesses, elle devra en accepter les responsabilités. Et les dirigeants estiment qu'ils sont désormais prêts à assumer financièrement un tel cas de figure. Le vote des citoyens grecs relève effectivement de la schizophrénie : s'ils refusent d'appliquer l'austérité imposée par la Troïka, une majorité d'entre eux souhaite tout de même rester dans l'euro, selon les derniers sondages. Une double option qui n'est plus possible, selon l'ensemble des dirigeants européens. "Soit la Grèce accepte de perdre ce qui lui reste de souveraineté budgétaire et applique l'agenda des réformes fixé par ses créanciers. Soit elle reprend sa souveraineté monétaire et coupe les ponts ipso facto avec l'euro", résume Bruno Cavalier, analyste chez Oddo. Une sortie de la monnaie unique impliquerait un défaut total du pays sur ses obligations (et des pertes supplémentaires pour l'ensemble des créanciers de la Grèce, désormais majoritairement publics), un effondrement de son secteur bancaire, une forte hausse de l'inflation et sans doute peu d'effet sur sa compétitivité, selon les analystes d'UBS. Les économistes de Citigroup estiment quant à eux que la probabilité d'une telle option est de 75%. Selon eux, le pays devra notamment mettre en place un strict contrôle de ses capitaux aux frontières pour éviter leur fuite vers l'étranger. L'autre option consisterait pour les partis pro-austérité à faire campagne pour le maintien dans la zone euro, en cas de second scrutin. S'ils y parviennent et forment une coalition courant juin, ils devront trouver 11,5 milliards d'euros de coupes supplémentaires d'ici mi-juin pour se plier aux exigences de la Troïka.
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