Pourquoi Altice prend son temps aux Etats-Unis
Les OPA sont des initiatives longues, complexes et coûteuses, pour lesquelles il convient d’être parfaitement armé. Altice, qui a racheté deux acteurs américains du câble pour 26 milliards de dollars depuis 2015, en sait quelque chose et semble aujourd’hui en mesure de calmer le jeu sur Charter, afin de se lancer au bon moment. Les rumeurs allaient bon train le mois dernier concernant une possible offre d’Altice sur le câblo-opérateur américain, qui pèse près de 100 milliards de dollars de capitalisation boursière. Début septembre, il se murmurait encore que les banquiers du groupe de Patrick Drahi travaillaient sur un montage de dette de 70 milliards de dollars, soit ce qui serait la plus grosse acquisition à effet de levier de l’histoire. Une telle opération, qui ferait appel à des prêts bancaires et des obligations, en euros et en dollars, afin de maximiser la liquidité et l’attractivité du papier, a occupé de nombreuses banques de la place ces dernières semaines.
Mais aujourd’hui, un tel deal semble moins urgent car l’autre candidat à la reprise de Charter, l’opérateur Sprint, a pris du champ. Alors que son propriétaire, le japonais Softbank, avait envisagé de faire une offre sur le deuxième câblo-opérateur américain, il est aujourd’hui enclin à céder sa part majoritaire dans Sprint. Par conséquent, c’est l’autre grand opérateur télécoms du pays, T-Mobile US, qui serait désormais en train de préparer une offre en titres afin de se marier avec son concurrent. Il y a trois ans, les autorités antitrust avaient bloqué le projet de Sprint de mettre la main sur T-Mobile, mais aujourd’hui, ce dernier affiche une capitalisation boursière supérieure (51 milliards de dollars contre 34 milliards) et a les moyens de faire l’opération lui-même.
En tout état de cause, ce changement de donne est une bonne nouvelle pour Altice, qui n’est ainsi plus pressé par le temps pour lancer une offre sur Charter. Le changement de ton était d’ailleurs notable lors de la dernière conférence Goldman Sachs où est intervenu Dexter Goei, directeur général d’Altice USA. «Nous allons être patients », avait-il plaidé, arguant que le groupe ne se mettrait pas « en danger pour faire quelque chose qui ne serait pas bon pour nos actionnaires en termes de valorisation ».
Pour se préparer à cette ambitieuse emplette, Altice doit d’abord accélérer son désendettement issu de ces deux dernières acquisitions américaines. Michel Combes, directeur général du groupe, a ainsi rappelé qu’il était prévu de ramener le levier à 5,5 fois l’Ebitda l’an prochain, afin de se ménager des marges de manœuvre. Et de regretter la sous-valorisation d’Altice par rapport à ses pairs, notamment en raison des rumeurs d’offre sur Charter, qui ont fait dévisser le titre de 25% depuis début juin. Les dirigeants devront donc aussi s’armer de patience pour convaincre leurs investisseurs qu’une alliance avec Charter n’est pas imminente et que le retour à un bilan équilibré est un pré-requis avant de mettre à bien leur promesse : doubler de taille aux Etats-Unis en cinq ans.
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